OSAM FORMATIONS
Débloquer son potentiel au travail
Interview de Rhyslane Kadmiri
- 30 janvier 2026 11 h 52 min
1.Dans votre expérience de coaching, quels sont les principaux blocages que vous observez chez les professionnels en formation, notamment quand ils doivent prendre la parole ou parler en public ou négocier ?
Le principal blocage que je peux observer chez les professionnels, que ce soit en coaching individuel ou en formation, notamment lors de prises de parole ou de situations de négociation, est profondément lié à la peur du regard des autres. Tout part de là. Derrière chaque hésitation, chaque voix qui tremble, chaque silence qui s’installe, il y a cette question intérieure : « Que vont-ils penser de moi ? »
Les professionnels redoutent de ne pas être à la hauteur, de commettre une erreur, de décevoir, voire de perdre une dernière chance. Cette pression entraîne une véritable paralysie : certains se sentent transis, incapables d’exprimer le moindre mot. Lorsque l’on creuse, on découvre que ce n’est pas tant le jugement extérieur qui fait peur… mais celui qu’on exerce sur soi-même. Beaucoup se montrent envers eux-mêmes bien plus durs et exigeants que ne le seraient leurs interlocuteurs. Ils donnent alors plus de poids à « l’extérieur » qu’à leur propre regard intérieur.
Au fond, ce blocage est intimement lié à l’estime de soi : Quelle valeur je m’accorde ? Quelle place je me reconnais ?
Lorsque l’on croit que les autres valent plus que soi, on se met naturellement en retrait et on laisse le regard extérieur définir notre valeur. Et c’est cela qui devient réellement violent. C’est ce que j’observe le plus souvent : C’est la peur de « ne pas être assez », la peur « d’être jugé » et, la sévérité extrême que chacun peut s’infliger. Mon rôle, en coaching comme en formation, est alors d’aider chacun à rééquilibrer ce regard, à retrouver sa valeur, à reprendre confiance… et à oser prendre la place qu’il mérite.
2. Beaucoup de nos apprenants hésitent à s’exprimer en langue étrangère par peur de faire des erreurs. Comment peut-on transformer cette peur de l’erreur en moteur d’apprentissage ?
La peur de l’erreur en langue étrangère vient selon moi d’un malentendu : on oublie complètement la valeur immense de l’effort fourni pour aller vers l’autre. Beaucoup de personnes se focalisent sur leurs fautes potentielles, alors qu’elles sont en train de faire quelque chose de profondément beau : entrer dans le monde de l’autre, montrer de la considération, créer du lien. Nous avons tendance à basculer dans la compétition intérieure : « Il faut que je sois excellent, il ne faut surtout pas que je me trompe. »
Ce réflexe nous fait oublier l’essentiel : communiquer est un acte de rencontre, pas un examen. En réalité, ce qui touche le plus l’interlocuteur, ce n’est pas la perfection. C’est l’intention. Un simple « bonjour » prononcé avec un accent hésitant peut créer davantage de connexion qu’un discours parfaitement maîtrisé, mais dénué de chaleur. Transformer la peur en moteur d’apprentissage, c’est remettre la lumière au bon endroit : sur l’élan du cœur plutôt que sur le jugement. Chaque mot prononcé, même maladroit, ouvre une porte. Chaque tentative renforce la relation. Ce courage-là est profondément apprécié, bien plus que la performance. Finalement, on avance lorsque l’on ose, même tremblant. Parce que ce qui compte vraiment, c’est le pas vers l’autre. C’est là que tout devient possible.
3. Vous accompagnez des managers, quelles différences faites-vous entre confiance en soi et estime de soi et comment ces deux aspects influencent-ils le leadership au quotidien ?
On confond très souvent confiance en soi et estime de soi, alors qu’il s’agit de deux dimensions profondément différentes et pourtant intimement liées avec une troisième, tout aussi essentielle : l’amour de soi. La confiance en soi, c’est notre capacité à faire, cela relève de nos compétences. C’est l’idée : « Je suis capable ».
Changer une roue, mener un entretien délicat, prendre la parole en réunion… On peut ressentir de la peur, hésiter, mais avoir les compétences pour agir. L’estime de soi, elle, renvoie à la valeur que l’on s’accorde. C’est : « J’ai de la valeur », indépendamment de la performance. C’est reconnaître ses qualités, ses limites, ce que l’on apporte, même lorsque cela ne se mesure pas. Et puis il y a un troisième pilier, souvent oublié : l’amour de soi. C’est la capacité à s’accueillir sans se juger, à se considérer avec bienveillance et respect.
Ce trio est fondamental en leadership. Un leader aligné ne cherche pas à prouver. Il a cette conviction qu’il doit avancer ou faire avancer. Sa confiance lui permet d’agir. Son estime lui permet d’incarner sa place. Son amour de lui-même lui permet de rester authentique et humble. C’est ce qui crée son aura, cette présence qui donne envie de le suivre. Un leader conscient de sa valeur et lucide sur ses limites n’a rien à défendre : il avance, il inspire, il élève.
4. Nos stagiaires arrivent parfois avec des croyances limitantes du type : je ne suis pas fait pour les langues, je ne sais pas négocier. Quelle technique utilisez-vous pour déconstruire ce sabotage ?
Les croyances limitantes comme « Je ne suis pas fait pour les langues » ou « Je ne sais pas négocier » sont très puissantes, parce que notre cerveau passe son temps à les confirmer.
La première étape, c’est d’aider la personne à entendre son propre discours intérieur. Rien que cette prise de conscience ouvre déjà une brèche. En séance, j’installe un cadre très sécurisant, et j’amène la personne à revisiter ses expériences, à écouter ce qu’elle se dit et à observer la manière dont elle se juge. Par des techniques de Programmation Neuro Linguistique (PNL) et d’analyse transactionnelle, elle commence à regarder autrement ce qu’elle croyait immuable. Et c’est là que les petits verrous sautent : la personne réalise qu’elle peut penser autrement, qu’elle n’est pas figée, qu’elle a déjà des ressources. Un simple « Et si je faisais différemment ? » ouvre un monde.
Ce processus est d’une beauté incroyable : il redonne de la liberté. Et très vite, transformer ses croyances limitantes devient presque un jeu. Un mouvement naturel vers plus d’ouverture, plus d’aisance, plus de possibilités. Derrière « je ne sais pas », il y a souvent une vieille phrase… qui n’attend qu’à être réécrite.
5. Dans un contexte professionnel, comment peut-on développer sa confiance de manière concrète et durable ? Avez-vous des exercices pratiques à recommander à nos apprenants ?
Développer sa confiance, c’est d’abord apprendre à se regarder autrement. Peu importe le contexte, professionnel ou personnel, nous avançons toujours avec nous-mêmes où que nous soyons. Et c’est là que tout commence. Je propose souvent aux personnes que j’accompagne de lister leurs capacités, même les plus simples. Cet exercice révèle à quel point elles savent déjà faire beaucoup de choses. C’est une première ouverture, douce, rassurante.
Ensuite, je les invite à revisiter des moments où elles se sentent en sécurité, à l’aise, compétentes. Qu’est-ce qui fait que là, ça fonctionne ? En comprenant ce contexte-là, elles découvrent des ressources qu’elles peuvent réutiliser ailleurs. Parfois, le blocage vient d’un malentendu intérieur : « Je n’y vais pas parce que je n’ai pas confiance… ou simplement parce que je n’ai pas envie ? » Reconnaître cela change tout.
Avec des outils de PNL, d’analyse transactionnelle et beaucoup d’écoute, on apprend à transformer les croyances limitantes en croyances qui ouvrent. Les verrous sautent doucement, mais durablement. Un exercice que j’aime beaucoup consiste à observer quelqu’un que l’on admire, non pas avec envie ou jalousie bien sûr, mais avec inspiration : Comment fait-il ? Quelles petites choses puis-je apprendre de lui ? C’est un regard qui nourrit, qui élève, qui donne envie d’essayer.
Au fond, développer sa confiance, c’est choisir l’ouverture : S’ouvrir à soi, à ses ressources, à une autre manière de faire. C’est un mouvement progressif, et profondément puissant. Et dès que l’on goûte à cette ouverture-là… les possibilités s’élargissent d’elles-mêmes.
6. Rhyslane, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite progresser, mais qui a tendance à se comparer constamment aux autres, surtout dans un groupe de formation ?
Avant de le conseiller je le rassure. Je pose un cadre avec le groupe, de la bienveillance. Ensuite, je l’invite à Oser, à tester, à faire différemment…
Oser faire un pas, même petit. Dans un groupe restreint, le cadre est bienveillant, sécurisé, presque un cocon : c’est l’endroit idéal pour tenter quelque chose de nouveau et sortir de sa zone de confort.
La comparaison est souvent le signe d’une estime de soi fragile. Pourtant, dans un groupe, il se passe toujours ce moment magique où quelqu’un dit : « Ce que tu partages me touche, je vis la même chose. » Et là, une porte s’ouvre : la personne réalise qu’elle n’est pas seule, que ce qu’elle ressent a de la valeur. Quand passer le cap est encore trop tôt, c’est OK. L’important, c’est d’identifier ce que l’on veut vraiment, de se fixer un petit contrat avec soi-même, puis d’avancer pas à pas.
Parfois, un travail plus profond, avec un outil comme l’hypnose, aide à dépasser un blocage plus enraciné. Je repense à une personne que j’ai accompagnée qui était convaincue qu’elle était incapable de prendre la parole. A la fin d’une séance d’hypnose, lorsque je lui ai demandé comment elle se sentait, elle m’a répondu: « Rhyslane… j’étais Céline Dion à Las Vegas ! » Vous imaginez comme la fin de séance a été drôle. Elle a finalement pris la parole devant 300 personnes pour présenter ce qu’on lui avait demandé… Elle a bluffé tout le monde et elle s’est surtout bluffée elle-même.
C’est ça, la beauté de l’accompagnement : un premier pas, une ouverture, et déjà une nouvelle confiance qui émerge. Oser… et laisser faire le reste.