OSAM FORMATIONS
Devenir un candidat incontournable en Suisse
Interview d'Angèle Atlan
- 2 mars 2026 23 h 05 min
1. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a conduit à créer Candidate Impact ?
J’ai plus de dix ans d’expérience dans le recrutement, acquise en France puis en Suisse. J’ai débuté par le management de transition sur des profils cadres et dirigeants, avant de me spécialiser dans le recrutement de fonctions commerciales dans des secteurs variés tels que la banque, l’assurance, l’immobilier, l’industrie et les services. Ces expériences m’ont permis de développer une vision globale des enjeux de recrutement côté entreprises.
Mon arrivée en Suisse s’est faite par opportunité. Après une première expérience peu concluante sur des missions très orientées freelances, j’ai rejoint un cabinet spécialisé Life Sciences, où j’ai exercé pendant quatre ans sur des recrutements très diversifiés, des profils scientifiques aux fonctions RH et managériales. Cette période a été déterminante pour comprendre les spécificités du marché suisse : forte concurrence, processus plus longs, standards de candidature très différents selon les pays et exigences élevées des recruteurs.
Au fil des années, j’ai constaté que de nombreux candidats qualifiés échouaient non pas par manque de compétences, mais par méconnaissance des codes du recrutement suisse. Candidate Impact, est née de ce constat : les candidats doivent comprendre le fonctionnement réel du marché suisse pour se positionner efficacement. Mon rôle est de leur transmettre cette expertise, de leur montrer « l’envers du décor » du recrutement, et de les guider pour rendre leur profil immédiatement lisible, crédible et impactant. Je partage avec eux non seulement des outils et stratégies sur mesure, mais surtout la vision concrète de ce que les recruteurs recherchent réellement.
2. Selon vous, quelles compétences clés et comportements distinguent réellement un candidat sur le marché suisse ?
Au-delà des compétences techniques, le facteur clé est donc le positionnement. Un candidat qui sait précisément quel est son rôle principal, sa zone d’excellence et ce qu’il apporte de différent se démarque beaucoup plus facilement. Durant une recherche d’emploi, il est fréquent de perdre en clarté, de s’éparpiller ou de diluer son identité professionnelle. Travailler un positionnement clair, cohérent et assumé permet au contraire de renforcer l’impact du discours et des outils de candidature, quel que soit le secteur ou le niveau de poste.
Sur le marché suisse, les hard skills jouent un rôle déterminant dans les premières étapes. Les recruteurs attendent des compétences techniques parfaitement identifiables et directement liées au poste ciblé : par exemple la négociation, le développement commercial ou la gestion de comptes pour un Key Account Manager. Ces compétences doivent être mises en avant de manière très explicite dans le CV, le profil LinkedIn et l’ensemble des supports de candidature. Les soft skills, bien que essentielles, interviennent davantage dans un second temps, notamment lors des entretiens.
Enfin, certains comportements font clairement la différence : la capacité à s’adapter à un environnement multiculturel, le respect du cadre et des processus, la maîtrise des langues, au minimum la langue du canton et l’anglais, ainsi que l’aptitude à démontrer des réalisations concrètes. En Suisse, il ne s’agit pas simplement de « chercher un emploi », mais de démontrer une expertise solide, crédible et alignée avec les attentes du marché.
3. L’intelligence artificielle transforme de nombreux aspects du recrutement. Comment les candidats peuvent-ils utiliser l’IA à leur avantage pour optimiser leur recherche d’emploi tout en restant authentiques et différenciants ?
C’est une question très pertinente, car l’intelligence artificielle est désormais omniprésente dans les processus de recrutement. Pour les candidats, l’enjeu est clair : utiliser l’IA comme un assistant, et non comme un exécutant. Lorsqu’on lui confie entièrement un CV ou une lettre de motivation, le résultat est souvent très bien rédigé sur la forme, mais pauvre sur le fond, voire déconnecté de la réalité du parcours. L’IA ne peut pas faire le travail de réflexion et d’analyse à la place du candidat.
Son utilisation la plus efficace consiste à l’exploiter en amont. Par exemple, en copiant une annonce de poste et en demandant à l’IA d’en extraire les missions principales et les compétences clés attendues. Cela permet au candidat de clarifier les priorités du recruteur et de structurer sa candidature en conséquence. À partir de là, c’est au candidat de reprendre la main, en détaillant ses propres réalisations concrètes, en lien direct avec ces compétences. Les généralités comme « motivé » ou « adaptable » n’apportent aucune valeur ; ce sont les faits, les résultats et les exemples précis qui font la différence.
L’IA peut ensuite intervenir sur la forme : reformulation, synthèse, correction linguistique ou amélioration de la lisibilité, sans jamais altérer le contenu de fond. Elle est également utile pour se préparer aux entretiens, identifier des questions possibles, ou encore repérer des événements, des tendances ou des actualités sectorielles, à condition de toujours vérifier les informations.
Enfin, il est important de distinguer l’IA des ATS. Tous les outils de gestion de candidatures n’intègrent pas de l’intelligence artificielle, et les refus ne sont pas systématiquement automatisés. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de transition : certaines tâches se standardisent ou s’automatisent, ce qui rend d’autant plus essentiel pour les candidats de se concentrer sur ce qui crée réellement de la valeur, leur expertise, leur capacité d’analyse et leur authenticité.
4. Face à une concurrence croissante, quelles stratégies innovantes recommandez-vous pour que les candidats se démarquent, notamment dans des secteurs très spécialisés ou exigeants en Suisse ?
Sur un marché aussi concurrentiel que le marché suisse, la différenciation est un enjeu central. Se démarquer ne signifie pas être atypique à tout prix, mais faire ce que les autres ne font pas, tout en restant parfaitement professionnel et aligné avec les codes locaux. L’innovation, en Suisse, consiste avant tout à être immédiatement projetable pour l’entreprise.
La recherche d’emploi ne repose jamais sur un seul levier. Envoyer des candidatures classiques ne suffit pas. Il s’agit d’activer une succession d’actions cohérentes : répondre aux annonces, bien sûr, mais aussi envoyer des candidatures spontanées réellement ciblées. Pas des messages génériques, mais des approches qui démontrent une compréhension fine des enjeux de l’entreprise et expliquent concrètement comment le candidat peut y répondre. À chaque étape, le candidat doit pouvoir répondre clairement à la question : « Pourquoi moi plutôt qu’un autre ? »
Le positionnement reste donc fondamental. Les outils de candidature doivent démontrer une expertise claire, une zone d’excellence assumée et des résultats concrets. L’objectif n’est pas d’inventer ou de sur-promettre, mais de rendre l’évidence visible, en s’appuyant sur des éléments tangibles qui ne laissent pas place à l’interprétation.
Le réseau est également un levier très puissant en Suisse, à condition d’en maîtriser les codes. Les approches impersonnelles ou automatisées, notamment sur LinkedIn, fonctionnent très peu. En revanche, des démarches ciblées, contextualisées et respectueuses peuvent faire la différence, tout comme la participation à des événements ou des échanges directs avec les acteurs du secteur.
Enfin, certaines approches plus audacieuses peuvent fonctionner, à condition d’être parfaitement maîtrisées : relancer après un refus, demander un feedback de manière courtoise, ou tenter une prise de contact moins conventionnelle. Cela suppose une posture solide, une grande clarté sur sa valeur ajoutée et un discours maîtrisé. L’enjeu n’est jamais de se présenter comme un candidat en recherche, mais comme un professionnel capable d’apporter une contribution concrète à l’entreprise.
5. Dans quelle mesure les formations spécialisées, qu’elles soient linguistiques, techniques ou en soft skills, peuvent-elles renforcer la compétitivité d’un candidat sur le marché suisse ?
Les formations spécialisées constituent un véritable atout pour renforcer la compétitivité d’un candidat sur le marché suisse. Dans un environnement multiculturel, la maîtrise de la langue du canton et de l’anglais est essentielle pour pouvoir communiquer efficacement et s’intégrer rapidement. Au-delà des langues, les formations techniques, notamment dans l’IT, l’intelligence artificielle ou la gestion de projets (PMP, Agile, Scrum), permettent de démontrer que le candidat reste proactif et à la pointe de son domaine.
Les soft skills et les formations transversales sont également importantes, surtout pour les postes à responsabilité ou pour accompagner les changements organisationnels. Elles permettent d’élargir son champ d’expertise et de renforcer son positionnement en tant que professionnel complet, capable de s’adapter aux exigences du marché.
Un avantage souvent sous-estimé des formations est le réseau qu’elles offrent : entrer en contact avec des pairs ou des experts qui partagent les mêmes enjeux crée des opportunités, un sentiment d’appartenance et peut déboucher sur des contacts précieux pour la recherche d’emploi.
Toutefois, l’efficacité d’une formation dépend de sa cohérence avec le positionnement du candidat. Il ne s’agit pas d’accumuler des certifications, mais de choisir celles qui renforcent réellement la valeur ajoutée du profil, alignées avec sa stratégie professionnelle et ses objectifs de carrière. Bien utilisée, la formation devient ainsi un levier pour démontrer expertise, proactivité et engagement, tout en enrichissant le réseau et la visibilité sur le marché.