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Les 7 secondes qui changent tout : Maîtrisez l’art de captiver dès les premiers mots
Interview de Matthieu Wildhaber
- 9 février 2026 22 h 49 min
Quelles sont les techniques spécifiques pour créer un « effet de surprise » ou un « déclic » dès les premières secondes d’une prise de parole ? Comment capter l’attention immédiatement ?
Il faut penser aux toutes premières secondes. En rhétorique, nous parlerons de l’introduction « ex abrupto » (abrupte) pour décrire les premiers instants de votre introduction. Pour faire simple, il s’agit de l’introduction de l’introduction. Si ces premiers instants ressemblent à tous les autres premiers instants, vous feriez mieux de vous taire, car le grand public vous collera les mêmes étiquettes qu’il colle à tout le monde.
Pour réussir ses premiers instants, il y a par exemple la figure de l’épanorthose. Il s’agit de venir brusquer son auditoire avec des termes forts, pour ensuite venir adoucir son propos. Voici ce que cela peut donner en pratique :
« Mesdames et Messieurs, vous allez tous crever… Vous allez tous crever après avoir vécu une longue vie. Une vie riche d’amour. Une vie en pleine santé, entourée de celles et ceux qui vous sont indispensables… La plus belle des vies. »
Comment choisir stratégiquement ses mots pour maximiser l’impact émotionnel ? Y a-t-il des catégories de mots plus puissantes que d’autres (mots sensoriels, mots d’action, etc.) ?
Le langage kinesthésique est un langage qui se rattache aux ressentis physiques et psychologiques. Si je vous bouscule, la sensation n’est que physique. Si je vous encense ou je vous critique, le ressenti sera psychologique.
Le langage kinesthésique est donc un langage qui cherchera à travailler les sens. Si demain vous rencontrez un client, ne dites plus : « j’ai une solution adaptée ». Dites plutôt : « j’ai une solution qui devrait vous donner le sourire ».
C’est tout bête, mais le langage kinesthésique dégage davantage d’émotions, et les émotions sont indispensables pour mettre son public en mouvement.
Pouvez-vous nous expliquer l’art du « storytelling rhétorique » ? Comment structurer un récit pour qu’il serve efficacement l’argumentation et marque les esprits ?
Le storytelling n’est pas né dans les Happy Meals aux États-Unis. C’est une conception hollywoodienne de la pratique. Connaissez-vous l’art pariétal ? Les peintures pariétales sont des dessins préhistoriques. Ils représentaient des figures, des symboles et autres images (majoritairement des animaux). L’objectif de l’art pariétal était déjà de raconter des histoires, et il nous a légué une pratique essentielle : le langage imagé.
Plus proche de notre ère, nous avons l’anecdote. En grec, le mot « anecdote » se rattache à ce qui est inédit.
Additionnez le langage imagé avec des informations inédites, et vous obtiendrez la base de la recette rhétorique pour créer de superbes histoires.
Concernant la structure, il s’agit de faire simple et efficace. Commencez par une structure en trois étapes : un contexte pour commencer, en pensant au célèbre « il était une fois ». Un élément de rupture ensemble ; c’est le « quand soudain… ». Puis terminez avec une morale, un apprentissage. Ces trois étapes forment la base d’une structure claire et précise.
Quelles sont les techniques vocales et gestuelles qui renforcent le pouvoir de persuasion ? Comment synchroniser le verbal et le non-verbal pour créer une cohérence totale ?
Il faut réussir à faire trianguler le verbal, le para-verbal (intonation, tonalité, rythme) et le non-verbal. Un mythe à ce sujet circule depuis des années. Ce mythe nous explique que la communication interpersonnelle passerait (et j’insiste sur le conditionnel) par les mots à hauteur de 7%, par les intonations à hauteur de 38%, et par le corporel à hauteur de 55%. C’est erroné et cela a été précisé par l’auteur de l’expérience.
Ce qu’il faut retenir avec les intonations et les gestes, c’est que la base reste et restera la neutralité. Apprenez d’abord à ne pas bouger et à vous concentrer sur le message. Ensuite seulement, venez accompagner vos propos avec de petits gestes qui complètent ou qui appuient ces propos.
Comment maîtriser l’art de la reformulation et du recadrage pour transformer une objection en opportunité d’argumenter plus fort ?
Il faut écouter, écouter et écouter. Pour reformuler et recadrer, il faut commencer par mettre son égo de côté. Pourquoi ? Car il est essentiel de laisser de la place à l’autre. Il faut l’observer et l’écouter, pour ensuite seulement, recadrer. Une reformulation hâtive vous fera passer pour une personne prétentieuse qui n’écoute pas et qui interrompt pour placer son grain de sel. Quand bien même vos intentions seront nobles, vous serez alors frappés d’une mauvaise réputation.
Quant à la reformulation en elle-même, elle doit être claire, concise et précise. Une reformulation trop longue reviendrait à donner son point de vue, ce qui est bien différent.
Quelles sont les figures de style les plus efficaces en rhétorique moderne (métaphores, analogies, antithèses) et comment les utiliser sans tomber dans l’artifice ?
Les figures de style, ce sont les ornements du discours. C’est exactement comme pour vous, lorsque vous sortez le soir en mettant une certaine couleur de vêtement ou en vous parfumant. Les figures de style viennent habiller le discours, en poursuivant des objectifs précis. Tout d’abord, il faut savoir qu’il existe plusieurs catégories de figures de style. Il y a les figures qui feront réfléchir le public, les figures qui apporteront du rythme et de la sonorité, ou encore les figures qui viendront préciser le fond de votre pensée.
En réunion, vous n’allez jamais vous dire : « Tiens, si je commençais à parler à mes collègues avec des figures de style ? ». Ça ne fonctionne pas comme cela, sauf si vous souhaitez tomber dans l’exercice forcé et artificiel. Vous devez d’abord déterminer un objectif.
Si votre objectif est de marquer les esprits, il y a alors l’épitrochasme. Cette figure consiste à enchaîner une succession de termes brefs dans une même phrase. Le rythme accélère pour capter l’attention.
En réunion, plutôt que de dire d’un projet qu’il est « sympa », dites qu’il est « enrichissant, stimulant, frais et novateur » en accélérant le rythme au moment de le dire. Cet enchaînement rapide et aiguisé captera l’attention.
Comment construire une « chute » mémorable qui ancre durablement le message principal dans l’esprit de l’auditoire ?
Hyper-émotion = hyper-mémorisation. Si vous voulez que votre chute soit mémorable, elle doit véhiculer de l’émotion.
Laissez tomber les conclusions académiques qui consistent à récapituler ce qui a été dit. Laissez tomber les conclusions insipides qui goutent comme un verre d’eau tiède. Je parle de celles qui consistent à jouer sur des effets à deux francs sur le « moment de l’apéro que tout le monde attend ».
Une conclusion, c’est le cordon ombilical entre votre sujet et votre public. C’est ce qui continuera de faire vivre et de nourrir la réflexion que vous avez instaurée. Pour commencer à rédiger une chute digne de ce nom, répondez à une unique question :
Si mon public ne devait retenir qu’une unique chose, laquelle ce serait ?