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2000 candidats accompagnés : les clés pour décrocher un emploi en Suisse

Interview de Laurence Marcovecchio

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et nous dire combien de personnes vous avez accompagnées vers l’emploi en Suisse ?

Je travaille depuis 9 ans au sein du Groupement Transfrontalier Européen, une association pionnière depuis plus de 60 ans dans l’accompagnement des travailleurs frontaliers. J’y exerce en tant que Conseillère emploi transfrontalier et Conférencière.

Notre association compte aujourd’hui 14000 adhérents et 160 entreprises suisses membres, ce qui en fait un acteur incontournable de l’emploi transfrontalier entre la France et la Suisse.

Depuis mon arrivée, j’ai personnellement accompagné plus de 2000 personnes dans leur recherche d’emploi en Suisse.

Au total, ce sont près de 4000 personnes qui ont été accompagnées par notre service emploi depuis septembre 2016.

Ce métier me passionne car il me permet de rencontrer des individus aux parcours uniques, chacun avec ses aspirations professionnelles.

Mon rôle est de les aider à concrétiser leurs projets, à travers un accompagnement sur mesure qui comprend notamment :

• La correction de CV et l’aide à la rédaction,
• Des conseils personnalisés sur la lettre de motivation,
• Des informations précises sur le marché de l’emploi en Suisse,
• Des simulations d’entretien d’embauche,
• La révision du profil LinkedIn,
• Mais aussi des conférences et des ateliers pratiques.

Je suis également active sur LinkedIn – rejoignez moi : Laurence Marcovecchio où je partage régulièrement des conseils et des articles sur le marché suisse, disponibles aussi sur notre site frontalier.org à travers une revue de presse mensuelle.

 

Quelles sont les 3 principales différences entre chercher un emploi en France et en Suisse que nos apprenants français doivent absolument connaître ?

1 – Bien connaître la Suisse : un prérequis souvent sous-estimé.

Les recruteurs suisses attendent des candidats, notamment français, qui aient pris le temps de se renseigner sur la Suisse, son fonctionnement, ses valeurs et ses spécificités culturelles.

Cela inclut une compréhension du marché de l’emploi local, de l’organisation du travail mais aussi des différences cantonales.

Montrer que l’on connaît le pays, le canton concerné et l’entreprise à laquelle on postule est un véritable atout dans une candidature.

Cela démontre votre motivation, votre capacité d’adaptation et votre respect du contexte professionnel suisse. Ne pas le faire peut au contraire, jouer en votre défaveur.

2 – Le processus de recrutement est souvent plus rigoureux et plus long.

En Suisse, les processus de recrutement peuvent comporter plusieurs entretiens, des tests techniques ou de personnalité et parfois une journée d’essai en entreprise, notamment dans les PME. La prise de décision peut sembler plus lente car elle est souvent collégiale et basée sur des critères précis.

Il faut donc savoir faire preuve de patience, sans relancer trop rapidement, ce qui peut être mal perçu.

3- L’importance accordée au savoir-être et à l’intégration culturelle.

Les compétences techniques ne suffisent pas. Les recruteurs suisses sont très attentifs au comportement, à la capacité d’adaptation et à la compatibilité avec les valeurs de l’entreprise.

La ponctualité, la fiabilité, la discrétion et le respect des règles sont des critères essentiels. Le savoir-être est donc souvent aussi important que le savoir-faire, voire parfois davantage dans certaines structures.

 

Comment doit-on adapter son CV et sa lettre de motivation aux standards suisses ? Avez-vous des exemples concrets d’erreurs à éviter ?

Le CV suisse se distingue par sa sobriété, sa clarté et son orientation résultats. Il est souvent plus direct qu’en France et va à l’essentiel : les recruteurs s’attendent à trouver rapidement les informations clés.

Voici quelques éléments à adapter pour répondre aux attentes suisses :

• Structure claire et aérée : les rubriques doivent être bien identifiables (expérience,formation, compétences, langues…). L’esthétique reste sobre, sans design trop chargé.

• Informations personnelles utiles : en plus des coordonnées classiques, il est courant d’indiquer sa nationalité, le type de permis de travail (ou « Frontalier »).

• Photo professionnelle : elle est encore très souvent attendue en Suisse, contrairement à la
tendance actuelle en France.

• Mise en avant des résultats : au lieu de simplement décrire des missions, il est recommandé
de préciser les réalisations concrètes (chiffres, objectifs atteints, projets menés à bien…).

• Références : il est fréquent d’indiquer que des références sont disponibles sur demande, voire de les mentionner directement si possible ou joindre des lettres de recommandations.

Exemples d’erreurs fréquentes à éviter :

• Envoyer un CV français tel quel, sans y adapter les codes suisses (ex : design trop original, manque de clarté, absence de photo).

• Ne pas mentionner son statut de frontalier ou l’autorisation de travail.

• Utiliser un langage trop généraliste ou trop technique, sans montrer l’impact concret de ses actions.

• Présenter un CV trop long (plus de 2 pages) ou trop dense.

• Envoyer un CV avec des fautes d’orthographe ou une photo peu professionnelle, ce qui est particulièrement mal vu en Suisse.

La lettre de motivation ?
Il est vrai que de moins en moins de recruteurs prennent le temps de lire les lettres de motivation.

Mais en Suisse, le marché de l’emploi est très concurrentiel, en particulier pour les profils transfrontaliers : rédiger une lettre de motivation reste donc indispensable pour montrer son sérieux, sa motivation et se démarquer.

Une bonne lettre doit être :

• Personnalisée : il ne faut pas envoyer une lettre générique. Elle doit refléter votre compréhension de l’entreprise, du poste, voire du secteur.

• Synthétique : une seule page, structurée, avec des phrases simples et professionnelles.

• Factuelle : l’objectif n’est pas de refaire le CV, mais d’expliquer pourquoi vous postulez et ce que vous pouvez apporter à l’entreprise.

• Équilibrée : elle doit démontrer votre intérêt pour le poste tout en mettant en valeur vos compétences spécifiques, sans en faire trop.

Erreurs fréquentes à éviter :

• Copier-coller une lettre type sans adapter ni le nom de l’entreprise ni le poste.

• Être trop long ou trop théorique, sans lien concret avec le poste.

• Oublier d’expliquer ce qui vous motive à travailler en Suisse et dans cette entreprise en particulier.

• Utiliser un ton trop commercial ou trop scolaire. Les Suisses privilégient l’authenticité, la clarté et l’humilité.

 

Concernant les compétences linguistiques, quel niveau d’allemand ou d’anglais recommandez-vous selon les cantons, et comment nos apprenants peuvent-ils valoriser leur multilinguisme ?

Dans les cantons alémaniques, comme Zurich, Bâle ou Saint-Gall, une bonne maîtrise de l’allemand est généralement indispensable, en particulier pour les postes en contact avec le public ou dans l’administration.

Même dans des fonctions plus techniques, une certaine aisance à l’oral et à
l’écrit est souvent attendue.
Dans les cantons romands, comme Genève, Vaud ou Neuchâtel, le français reste bien sûr la langue principale.

Cependant, l’anglais est très valorisé, notamment dans les entreprises multinationales, les ONG ou le secteur de la recherche. Dans les cantons bilingues, comme Fribourg ou Berne, la capacité à travailler en allemand et en
français est un véritable atout, parfois même une condition pour certains postes publics ou d’encadrement.

Concernant vos apprenants, je les encourage à valoriser leur multilinguisme de plusieurs façons :

✔ Sur le CV, en créant une rubrique claire sur les langues pratiquées.

✔ En entretien, en illustrant leur aisance avec des exemples concrets d’utilisation des langues en
contexte professionnel.

✔ Sur LinkedIn, en montrant leur ouverture linguistique à travers des publications, des commentaires ou des recommandations rédigées dans différentes langues.

Même si la maîtrise n’est pas parfaite, la volonté d’apprendre, de s’adapter et de communiquer dans un environnement multilingue est très appréciée en Suisse. Il ne faut donc pas hésiter à mettre en avant cette compétence, qui peut réellement faire la différence face à d’autres candidats.

Pour se démarquer dans sa recherche d’emploi en Suisse, voici trois astuces concrètes que je recommande :

1. Activer son réseau professionnel : En Suisse, de nombreuses opportunités ne sont jamais publiées. Il est donc essentiel d’utiliser LinkedIn de façon stratégique en interagissant avec des recruteurs, des professionnels du secteur ou des alumni. Cela permet de gagner en visibilité et d’accéder au marché caché.

2. Participer à des événements de réseautage : Salons de l’emploi, conférences, ateliers, afterworks… Ces rencontres permettent non seulement de se faire connaître, mais aussi de mieux comprendre les attentes locales et parfois même d’obtenir un contact direct avec des recruteurs.

3. Candidater de manière ciblée et proactive : Plutôt que d’envoyer des candidatures à la chaîne, il est souvent plus efficace d’identifier des entreprises suisses en lien avec son profil et de leur adresser des candidatures spontanées bien argumentées.

Les canaux les plus efficaces restent :
• LinkedIn (visibilité, réseautage, candidatures ciblées)
• Le réseautage physique (rencontres professionnelles, salons, forums emploi, afterworks, événements organisés par des associations comme Swiss Leaders ou Business Network International – BNI…)
• Les agences de placement suisses
• Les sites carrières des entreprises
• Les candidatures spontanées, bien ciblées et personnalisées, directement auprès des entreprises suisses
• Les plateformes locales comme Jobup, Jobs.ch ou Indeed.ch.

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