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Les défis du marché du travail
Interview de Christine Fuentes
- 10 avril 2026 13 h 23 min
Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel et de ce qui vous a motivé à vous engager dans le domaine des ressources humaines et de la gestion de carrière ?
J’ai un parcours qui est loin d’être linéaire puisque j’ai commencé ma carrière professionnelle en tant que Conseillère de vente en parapharmacie à Lyon.
Cette expérience m’a permis de développer les compétences suivantes : techniques de vente, sens de l’écoute et du relationnel, rigueur et sens du détail.
Après 4 ans à ce poste, j’ai eu envie d’un poste orienté administratif tout en conservant un aspect relationnel et humain, davantage compatible avec ma vie personnelle. J’ai donc entamé une reconversion professionnelle en faisant un Bachelor RH en alternance au poste de chargée de recrutement en agence de travail temporaire.
J’ai alors découvert le milieu du recrutement et les différentes techniques pour trouver les candidats idéaux afin de répondre aux besoins des clients.
Ce rôle m’a permis de prendre conscience du fossé qu’il existait entre les croyances des candidats et les réelles attentes des recruteurs en matière de recherche d’emploi.
Avant même d’avoir obtenu mon diplôme, j’ai été recrutée en contrat temporaire dans une multinationale du secteur de la pharmaceutique et de la chimie au poste de Gestionnaire administration du personnel au sein duquel je gérais 1700 collaborateurs. J’étais en charge de toutes les tâches administratives en lien avec la vie du collaborateur (contrats de travail, attestations…) et j’avais aussi pour mission de répondre à leurs interrogations en leur apportant pleine satisfaction.
J’ai refusé le CDI proposé pour tenter l’aventure en Suisse dans l’objectif de découvrir une nouvelle culture du travail où la reconnaissance et l’évolution sont réelles et pour augmenter considérablement mes revenus afin de concrétiser des projets personnels.
Avec un bagage RH 100% français et tous les freins que comportait mon profil, j’ai essuyé énormément de refus et ressenti beaucoup d’incompréhension malgré de nombreuses recherches pour bien comprendre les spécificités de ce pays.
Après 6 mois de recherche intensive, je décroche un poste de Gestionnaire RH au sein d’une PME genevoise qui alliait administration du personnel et recrutement : le poste parfait pour moi !
J’ai développé une forte résilience et une capacité d’adaptation pour favoriser ma bonne intégration au sein de l’équipe.
Après presque 4 années en poste, je mets en pause ma carrière professionnelle pour me consacrer à des projets personnels et l’année suivante, je m’expatrie en Espagne. Cette pause aura duré 4 années aussi et je décide alors de me lancer dans l’entrepreneuriat en tant que coach emploi pour la Suisse.
J’ai choisi le conseil et l’accompagnement pour que les candidats aient toutes les cartes en main pour faciliter leur recrutement, grâce à une compréhension des attentes des recruteurs et aux bonnes techniques de recherche d’emploi.
J’ai à cœur que la recherche d’emploi ne soit plus être une période mal-vécue et subie par les candidats.
J’ai la conviction qu’on peut bien vivre sa recherche d’emploi en était outillé, guidé et soutenu et qu’on peut aborder cette période de vie avec sérénité et confiance.
C’est la mission qui m’anime profondément.
Quels sont, selon vous, les principaux défis que les professionnels rencontrent aujourd’hui dans la gestion de leur carrière ?
Je pense à trois défis majeurs.
Les professionnels d’aujourd’hui cherchent plus que jamais à donner du sens à leur travail. Ils souhaitent se sentir considérés, valorisés et alignés avec les valeurs de l’entreprise. Lorsque ce n’est pas le cas, ils n’hésitent plus à quitter leur poste ou à se réorienter vers une carrière plus en phase avec leurs aspirations. Ces changements entrainent des parcours diversifiés, non linéaires, qu’il n’est pas toujours évident d’expliquer auprès d’un recruteur.
L’évolution du marché et l’essor des nouvelles technologies, comme l’IA par exemple, ont également un impact direct sur la carrière des candidats. Les professionnels doivent donc faire preuve de flexibilité et d’adaptabilité pour rester compétitifs. La capacité à se réinventer, apprendre de nouvelles compétences et s’ouvrir à de nouveaux secteurs est primordiale pour évoluer au même rythme que les besoins des entreprises et renforcer sa valeur ajoutée.
Le besoin de se démarquer est aussi un enjeu à considérer. Dans un marché du travail relativement concurrentiel (notamment sur certains métiers), il faut pouvoir faire la différence en marquant les esprits. Cela passe par la marque personnelle (personal branding) qui consiste à communiquer sur soi, ses valeurs, sa personnalité et ses compétences. Le personal branding, ce n’est pas seulement une question d’autopromotion, mais aussi de cohérence et de crédibilité. La présence sur les réseaux professionnels comme LinkedIn joue un rôle majeur dans cette dynamique, permettant de construire et de partager une image professionnelle en ligne.
La recherche d’emploi est souvent perçue comme un processus difficile. Quelles sont les étapes clés pour réussir cette phase avec succès ?
Oui, c’est un vrai parcours du combattant pour beaucoup !
Selon moi, il y a 4 étapes clés :
1) Une bonne connaissance de soi et un projet professionnel bien défini : cette première étape souvent négligée représente pourtant les fondations d’une recherche d’emploi réussie.
2) Des outils marketing performants : un dossier de candidature complet, qualitatif qui reflète le potentiel du candidat et un profil LinkedIn attrayant et valorisant.
3) Une stratégie réfléchie et diversifiée : des actions pensées pour atteindre un objectif précis, l’exploitation de tous les canaux de recherche et le développement d’un réseau qualifié
4) Une bonne préparation aux entretiens : anticiper les questions posées, s’informer sur l’entreprise, savoir se présenter avec impact, soigner sa communication non verbale…
Et tout au long du processus, penser positif et concentrer son énergie sur des actions à 100% sous leur contrôle.
Comment créer et entretenir un réseau professionnel fort qui puisse soutenir la progression de carrière sur le long terme ?
Selon moi, c’est avant tout d’oser.
Oser se connecter et échanger avec d’autres professionnels (pairs, managers, spécialistes, consultants, dirigeants…), en faisant preuve de curiosité saine.
LinkedIn est un excellent outil pour cela, c’est un annuaire géant de professionnels. On peut rentrer en contact avec tout le monde, on peut comprendre les parcours professionnels, on peut « se connecter » facilement : c’est une véritable chance. En revanche, il faut le faire avec la bonne approche et c’est souvent ce qui fait défaut aux personnes qui veulent développer leur réseau.
Il y a tout un lot de peurs qui surgit au moment d’entrer en contact avec quelqu’un, que ce soit en virtuel ou en réel : peur du rejet, peur de déranger, peur de paraître opportuniste, peur de ne pas savoir que dire…
Je pense qu’à partir du moment où la démarche est respectueuse, bienveillante et orientée vers l’autre, on ne prend aucun risque.
Participer à des événements professionnels, à des tables rondes, à des conférences, à des salons dans son domaine professionnel est aussi un excellent moyen de développer un réseau de qualité sur lequel s’appuyer.
Une fois la relation créée, il faut réussir à la maintenir dans le temps. Cela passe par des échanges réguliers pour prendre des nouvelles, des partages qui pourraient intéresser son interlocuteur (articles, événements…), des remerciements…
Donner avant de recevoir est l’une des clés du réseautage.
Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui souhaitent se repositionner ou changer de domaine après plusieurs années d’expérience dans un secteur différent ?
C’est un pivot qui n’est pas toujours évident à faire, souvent par manque d’anticipation et de préparation.
La première étape serait de s’informer et de comprendre le nouveau secteur :
– En lisant des articles, des livres, en étant en veille sur l’actualité via des médias (presse, newsletter, réseaux sociaux, télévision…), en participant à des événements dédiés à ce secteur…
– En faisant des rencontres et en développant son réseau dans ce secteur particulier pour récolter un maximum d’informations du terrain.
La deuxième étape serait de faire un état des lieux pour gagner en clarté sur son profil et de se poser la question suivante : « Qu’est-ce qu’il me manque aujourd’hui en termes de compétences, de connaissances, de formation, de compréhension pour occuper le poste que je vise dans ce nouveau secteur ? ».
La troisième étape serait de définir la stratégie pour atteindre l’objectif :
– En se formant sur les compétences attendues et nécessaires dans le nouveau secteur
– En se rendant visible auprès de sa nouvelle cible (professionnels du nouveau secteur ou recruteurs spécialisés dans ce secteur)
– En contribuant au secteur visé afin d’apporter de la valeur et d’être reconnu comme membre du groupe (créer du contenu en lien, écrire des articles de blog sur le secteur, faire du bénévolat, des stages…)
– En misant sur ses forces et en évitant de combler ses « faiblesses » en se posant la question : » Que puis-je valoriser comme force différenciante pour pallier mon manque d’expérience ? »
– En développant de nouvelles compétences qui boosteront leur employabilité : IA, digital, langues, communication…
Selon vous, quelles sont les compétences essentielles à développer pour gravir les échelons au sein d’une entreprise ou d’une organisation ?
Je pense avant tout aux compétences humaines, comme l’intelligence émotionnelle, la communication, le leadership. C’est pour moi la base d’un management de qualité.
Un bon manager est avant tout un leader, capable de rassembler et de fédérer. Il ne s’agit pas seulement de donner des directives, mais aussi de savoir écouter, comprendre les besoins des autres et prendre des décisions qui profitent à l’ensemble du groupe.
La proactivité est aussi une compétence importante pour évoluer rapidement. Elle reflète la capacité d’une personne à anticiper les défis, à prendre des initiatives et à proposer des solutions avant même que des problèmes ne surgissent. Dans un environnement professionnel de plus en plus dynamique, être proactif permet de se positionner comme un acteur engagé, capable de contribuer activement au développement de l’entreprise plutôt que d’être simplement réactif face aux circonstances. Une personne proactive est prête à assumer des responsabilités supplémentaires, à anticiper les besoins et à s’adapter à des environnements en évolution constante.
Dans un environnement de travail en constante évolution, comment les professionnels peuvent-ils rester pertinents et compétitifs sur le marché de l’emploi ?
À mon sens, cela passe par l’apprentissage continu. La formation permet de développer ses compétences techniques et humaines et de maintenir un profil attrayant tout en se nourrissant intellectuellement.
C’est aussi important de rester ouvert sur le marché et d’exercer une veille passive sur son métier et son secteur pour bien comprendre les enjeux et les défis à venir et pouvoir s’y préparer au mieux.
Le réseautage est également un levier puissant pour rester au fait des tendances du marché, échanger des idées et accéder à de nouvelles opportunités. En Suisse, notamment, où le marché de l’emploi est souvent basé sur les recommandations, un réseau bien développé est un atout stratégique.
Quel rôle joue la formation continue dans le succès à long terme d’une carrière, et comment encourager les professionnels à s’engager dans ce processus ?
La formation permet de développer des compétences nouvelles ou de renforcer celles existantes.
C’est un levier puissant pour s’assurer d’être toujours attractif sur le marché. Cela sous-entend plus de facilité pour changer d’emploi, pour évoluer, pour modifier la trajectoire de sa carrière.
La formation permet de légitimer son projet professionnel, elle renvoie un signe fort de motivation auprès d’un employeur. C’est aussi un moyen de prétendre à des niveaux de salaire plus élevés.
Je pense qu’il faut sensibiliser les professionnels aux bénéfices de se former de manière continue, à la fois sur le plan professionnel et personnel. C’est toujours stimulant d’apprendre de nouvelles choses, c’est l’occasion de se challenger, de se développer personnellement et chaque compétence acquise représente une ressource supplémentaire pour grandir et augmenter sa confiance en soi.