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Économiser un jour par semaine grâce à l’IA : mythe ou réalité ?
Interview de Jean-Baptiste Gerberon
- 10 avril 2026 15 h 19 min
Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel et nous
expliquer comment vous avez identifié le besoin qui a celui-ci ?
Je suis issu d’une formation commerciale et j’ai commencé ma carrière aux États Unis sur des postes de vente à l’export avant de me réorienter dans les métiers du E-commerce chez Décathlon d’abord puis en Suisse chez Visilab (désormais Essilor Luxottica) où j’étais en charge marketing stratégique omni canaux après avoir mené divers projets digitaux à l’échelle du groupe et encadré le service client.
En parallèle, cela fait une dizaine d’années que je formais des professionnels au marketing digital.
A fin 2022 l’arrivée de chat GPT a réveillé mon côté geek et j’ai rapidement mis les mains dans l’IA générative pour me faire ma propre idée.
Très rapidement j’en suis arrivé à me dire lorsque j’essayais une fonctionnalité “ Mon Dieu si seulement j’avais eu ça dans les mains il y a quelques années en faisant cette tâche, j’aurais pu régler cela en quelques heures au lieu de plusieurs semaines !”.
De là est parti le projet de former des professionnels à l’intelligence artificielle en utilisant mon vécu pour faire le tri entre l’IA Gadget et les applications à forte valeur ajoutée pour un professionnel.
Quelles compétences techniques et humaines sont aujourd’hui les plus recherchées dans le secteur de l’IA, et quels conseils donneriez-vous à nos apprenants qui souhaitent s’orienter vers ce domaine ?
L’expertise métier : Pour moi ce qui fait qu’un professionnel sera capable de
générer de la valeur avec l’IA est avant tout son expertise métier.
En effet, c’est grâce à elle qu’un professionnel saura identifier les cas d’usage les plus intéressants à mettre en place dans son domaine.
C’est généralement quelque chose qui sera très difficile pour une personne ne maîtrisant pas le métier.
Imaginons que vous souhaitiez créer un robot neurochirurgien. Partons du principe que vous êtes capable de créer facilement un robot qui puisse tout faire à condition que vous lui expliquiez bien.
Si vous n’êtes pas vous-même chirurgien, il sera très difficile de fournir ces
explications. C’est ce qui se passe avec l’IA aujourd’hui.
L’esprit critique : L’IA se trompe régulièrement qu’il s’agisse d’une hallucination
propre à l’outil ou bien d’une réponse juste à une question mal posée par l’utilisateur.
Aujourd’hui cela fait du contrôle une étape très importante de l’utilisation de l’IA. Ce contrôle est permis non seulement par l’expertise métier comme je demande de le dire mais également par un esprit critique que les générations préchat GPT ont eu la chance de pouvoir développer.
Cet esprit critique est aussi essentiel que fragile il est
donc important de continuer à le développer et à l’utiliser.
Maîtrise des outils : Bizarrement c’est sans doute la partie la plus facile. En effet, ces outils sont très intuitifs grâce au langage naturel, même si de nouveaux apparaissent sans arrêt surclassant les autres. On recrute de moins en moins aujourd’hui une compétence technique poussée sur un outil précis, qui sera peut être vite obsolète.
En revanche, savoir travailler avec les outils d’IA générative d’une façon générale devient une compétence au même titre que savoir utiliser un ordinateur.
Il y a également une raison pour laquelle un socle de formation à l’utilisation de l’IA en milieu professionnel est primordial aujourd’hui.
En effet, j’observe dans les premières heures des formations que je donne des apprenant.es maîtrisant parfaitement leur métier mais complètement inhibé lorsqu’elles doivent effectuer des tâches sur un outil ou dans un environnement qu’elles ne maîtrisent pas.
C’est seulement en étant suffisamment à l’aise avec cette nouvelle technologie que les personnes recommencent à pleinement exploiter les deux compétences citées plus haut.
Pourriez-vous nous décrire un projet concret où vous avez implémenté une solution d’IA, en détaillant les étapes du projet, les défis rencontrés et les résultats obtenus ?
Pour des raisons de confidentialité je ne peux pas forcément décrire les plus
importants mais ils suivent tous une trame commune. (décrite plus bas)
Les plus belles réussites observées concernent paradoxalement les projets les plus simples de formation d’équipe.
En effet parmi les quick-wins à exploiter pour les entreprises le “Team empowerment” est pour moi la plus rentable actuellement.
La grande majorité des employés d’une entreprise peut très vite être formée à des outils IA généralistes (comme chat GPT Claude Mistral ou autre), et devenir conscient de l’énorme potentiel qu’ils peuvent en faire simplement.
Les gains de temps et d’efficacité sont alors titanesques bien que difficiles à mesurer car très variables.
Mais la notion d’économiser un jour par semaine est loin d’être délirante.
Chacun peut alors chiffrer facilement le gain que cela représente !
Comment les entreprises non-technologiques peuvent-elles aborder
l’intégration de l’IA dans leurs processus ? Quelles sont les erreurs fréquentes à éviter et les bonnes pratiques à adopter ?
La première étape passe par la formation du ou des décideurs. Dotés d’un visu
plus clair ils sont alors à même de formaliser des briefs précis à leurs équipes tout en étant conscients des prérequis nécessaires à la bonne mise en place de leur projet.
L’étape suivante est alors la formation des équipes selon le programme défini avec les décideurs.
Une fois le niveau de connaissances et de compréhension uniformisé, vient alors le choix des outils et la mise à disposition des données de l’entreprise qui viendront alimenter la solution d’IA retenue.
La mise en place dont le format à savoir internalisé ou externalisé dépend de
l’organisation.
Puis vient enfin la phase de test sur des cas à faible risque pour entraînement et
amélioration continue de la solution.
Pour les organisations les plus complexes une phase de lancement interne sera
également nécessaire en bonne pratique de change management.
Parmi les défis rencontrés on retrouve souvent les freins qui peuvent se présenter à la conduite d’un projet dans une organisation à savoir : non alignement des objectifs, mauvaise communication interne, décalage entre les ambitions et les ressources mises à disposition.
Autant de points qui me permettent d’assurer que la clé de la réussite d’un projet d’intégration IA réside dans la bonne gestion de l’humain.
Quelle vision avez-vous de l’évolution de l’IA dans les 5 prochaines années, et quelles nouvelles opportunités professionnelles pourraient émerger pour nos apprenants ?
Ah ! La courbe d’accélération de ces technologies est vraiment exponentielle ! Dans mes formations j’incorpore des outils qui ont parfois moins de 2 semaines de recul, donc il est très compliqué de prévoir à 5 ans…
Mais avec la saturation des outils digitaux l’optimiste en moi entrevoit un regain
d’importance de tout ce qui fait de nous des humains à savoir : le contact en face à face, l’importance du réseau local, la recherche d’authenticité et de plages de déconnexion.
De la même façon, parmi les challenges à moyen terme que je vois pour les
entreprises se posera la gestion de l’humain avec un risque d’explosion des
burnouts.
Non pas à cause d’une augmentation de la charge de travail mais bien d’une accélération du rythme que nos organismes supportent de moins en moins bien.
Pour conclure donc, je dirais qu’un des points de vigilance du manager de demain doit être de traiter correctement la question suivante : Si mes équipes sont capables d’effectuer leurs tâches 50% plus vite, que faire des 50% restant ?
Pour nous assister là-dedans on peut d’ailleurs toujours demander un (petit) coup de pouce à l’IA !