OSAM FORMATIONS
Former les formateurs : entre écoute active et adaptation aux nouveaux défis
Interview de Sandrine Mélé
- 6 avril 2026 13 h 03 min
Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel et ce qui vous a motivée à vous spécialiser dans la formation de formateurs ?
Après des études supérieures dans ce domaine en France, j’ai passé 15 ans à la direction de la communication de différentes entreprises en Suisse, notamment chez Fnac Suisse SA.
En 2009, à la faveur d’une restructuration, j’ai donné un nouveau virage à mon parcours professionnel et je me suis lancée dans la formation.
Afin de valider ma pratique, j’ai obtenu un brevet fédéral suisse de formatrice en 2012 et 5 ans plus tard, je suis devenue formatrice indépendante, à plein temps.
J’évolue dans ce secteur depuis plus de 12 ans : mon expérience et mon brevet fédéral ont conduit plusieurs instituts pour lesquels je travaille à me confier la formation de leurs formateurs.
Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels les formateurs sont confrontés aujourd’hui ?
Selon moi, notre premier défi tient à la diversité de nos apprenants (en âge, en expérience, en niveau, etc.) et de leurs styles d’apprentissage : nos publics sont souvent très hétérogènes et nous devons « donner à manger à tout le monde » sous peine de voir la moitié d’entre eux décrocher…
Après, se pose immanquablement la question de l’évolution des technologies qui inquiète autant qu’elle offre de nouvelles possibilités.
Quelles compétences essentielles doit posséder un bon formateur pour maximiser l’impact de son enseignement ?
Elles se distillent selon les moments : lors de la création de la formation, un bon formateur s’appuie sur non seulement sur ses capacités d’analyse et de synthèse pour élaborer le contenu mais également sur d’importantes capacités d’adaptation car une bonne formation est avant tout une formation conçue et personnalisée pour son public.
Au moment de dispenser la formation, des qualités oratoires et de solides connaissances en animation sont essentielles. Sans parler de l’écoute et de l’empathie qui permettent de s’adapter à son public et d’adapter son contenu en cours de route…
Comment adaptez-vous vos méthodes de formation aux besoins individuels de chaque formateur ?
Avant tout en pratiquant l’écoute active : l’essentiel de faire parler le formateur de ses propres problématiques et d’y répondre. L’idéal est de préparer une vision globale théorique des sujets à aborder et de très vite passer à la partie interactive où le formateur peut poser des questions, aborder ses propres expériences…
Quels outils ou techniques innovants utilisez-vous pour rendre vos formations plus efficaces et engageantes ?
L’idée est d’offrir des supports permettant aux apprenants de fixer et de maintenir leur attention, quel que soit leur style d’apprentissage (visuel, auditif et kinesthésique) : des animations, des vidéos et beaucoup d’interaction…
Comment évaluez-vous la progression et les compétences acquises par les formateurs que vous formez ?
L’outil le plus efficace reste l’observation en situation réelle : aller voir les formateurs donner leur cours permet d’évaluer leur capacité à mettre en pratique les compétences acquises.
L’entretien qui suit leur donne la possibilité d’effectuer une auto-évaluation et de dégager des axes d’amélioration.
Selon vous, quelles sont les erreurs les plus courantes commises par les formateurs débutants, et comment peuvent-ils les éviter ?
La surcharge d’information et la gestion du temps.
La tentation est grande de couvrir le sujet avec exhaustivité… et il est souvent très difficile d’évaluer le temps que prendra une séquence de cours, au risque d’en avoir trop… ou pas assez ! Pour y remédier, il faut avant tout définir le contenu en fonction des apprenants puis avoir plusieurs séquences de cours indépendantes que l’on peut utiliser… ou pas… sans que le contenu ne perde tout son sens. L’idéal est de toujours réserver du temps pour la théorie et d’avoir plusieurs applications pratiques, d’une durée modulable.
Les formateurs débutants craignent également le silence et développent une tendance naturelle à occuper tout le temps de parole, en négligeant l’interaction avec leurs apprenants. C’est généralement lié au manque de confiance en soi ressenti lors des premières formations… Le remède : encourager la participation des apprenants et organiser beaucoup d’activités pratiques.
Comment la digitalisation a-t-elle transformé le domaine de la formation des formateurs, et comment intégrez-vous ces technologies dans vos cours ?
Elle a surtout permis une démocratisation de l’accès à la formation : les plateformes en ligne offrent un accès plus large et plus flexible à tout type de formations, réduisant les contraintes géographiques et temporelles. Utiliser ces technologies est important pour varier les contenus et les activités.
Pouvez-vous nous partager une expérience ou un succès marquant d’une formation que vous avez dispensée ?
J’’ai dû animer une session de formation en ligne pour des professeurs de langue, visiblement agacés de devoir subir quelqu’un qui venait leur apprendre leur métier alors qu’ils exercent leur profession depuis tant d’années… La formation a commencé dans un silence glacial et hostile. Étant en ligne, je ne pouvais pas compter sur la « magie » du présentiel pour briser la glace… J’ai donc oublié le programme défini pour commencer par un partage d’expériences sur le sujet. A la fin de la cession, ils ne voulaient plus se déconnecter !
Comment envisagez-vous l’évolution du métier de formateur dans les années à venir, notamment face aux défis globaux comme l’intelligence artificielle et l’apprentissage à distance ?
Le rôle du formateur est en mutation : il va devoir passer de dispensateur de savoirs à accompagnateur d’apprentissage, aidant les apprenants à construire leurs propres connaissances et à développer leur esprit critique.
L’IA représente, selon moi, plus une opportunité qu’une menace : elle permet de développer des contenus sur mesure et d’optimiser le temps de préparation par la prise en charge certaines tâches répétitives, comme la correction d’exercices ou la génération de contenus.
L’apprentissage à distance se fait déjà et se révèle très efficace, notamment dans un système de classe inversée. Cependant, je reste persuadée que les apprenants cherchent avant tout en formation les interactions sociales (avec le formateur et les autres apprenants) et après le COVID, on a constaté que nombre d’entre eux étaient tout contents de retourner en présentiel.