Claude Michaud
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Entreprendre : les conseils indispensables pour réussir son projet

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment vous accompagnez les créateurs d’entreprise ?

Je m’appelle Claude Michaud. Mon parcours est assez atypique : je suis ingénieur en électrotechnique de formation, avec une spécialisation en génie nucléaire, même si je n’ai jamais exercé dans ce domaine. J’ai eu l’opportunité de travailler en Suisse, au Brésil et aux États-Unis, me tournant rapidement vers l’entrepreneuriat. Au fil des années, j’ai créé cinq entreprises, un incubateur ainsi qu’une association active dans les domaines de l’informatique, du transfert de technologie et de l’accompagnement d’organisations publiques et entreprises à impact.

Aujourd’hui, on me présente souvent comme coach en création d’entreprise, mais je trouve cette définition un peu réductrice. Pour moi, un coach se limite essentiellement à poser des questions. Dans la réalité, mon rôle est bien plus large. Je suis à la fois conseiller, guide, sparring partner, auditeur et parfois même aiguilleur lorsque les entrepreneurs doivent prendre des décisions importantes.

Mon objectif est d’aider les porteurs de projet à prendre du recul, à identifier les opportunités mais aussi les risques, afin qu’ils puissent avancer en connaissance de cause. Je les accompagne pour clarifier leurs choix, challenger leurs idées et leur permettre de construire un projet solide.

J’interviens aussi bien auprès de personnes qui créent leur entreprise que d’entreprises déjà lancées. J’ai notamment accompagné des structures qui existaient depuis un ou deux ans et, actuellement, je travaille avec une coopérative du canton de Neuchâtel regroupant une centaine de producteurs agricoles et d’artisans. Mon accompagnement consiste alors à les aider à revoir certains aspects de leur fonctionnement, comme leur charte ou leur organisation. Finalement, mon métier est un mélange de plusieurs approches, toujours avec la même volonté : apporter le regard et les outils dont les entrepreneurs ont besoin pour avancer sereinement.


Quelle est l’erreur que vous voyez le plus souvent chez les entrepreneurs qui se lancent ?

L’erreur que je rencontre le plus souvent est de ne pas suffisamment regarder le marché avant de se lancer. Beaucoup tombent amoureux de leur idée sans se demander si elle répond à un véritable besoin. Il est pourtant essentiel de vérifier si le marché est réellement intéressé, s’il existe déjà des concurrents et, dans ce cas, s’il reste une place à prendre. À l’inverse, lorsqu’il n’y a aucun concurrent, il faut aussi s’interroger : est-ce parce que personne n’a encore eu l’idée… ou parce que ce besoin n’existe tout simplement pas ?

Il est également important de réfléchir à ce qui différenciera son projet. Cette différence peut venir du produit ou du service lui-même, mais aussi de la manière de travailler, de commercialiser son offre ou d’accompagner ses clients. Sans proposition de valeur claire, il est difficile de se démarquer durablement.

Une autre erreur fréquente concerne les aspects financiers. J’entends souvent de futurs entrepreneurs me dire qu’ils atteindront leur point d’équilibre en trois mois. En réalité, cela prend bien souvent six mois, neuf mois, voire une année. Il faut donc prévoir suffisamment de ressources financières pour tenir durant cette période. Sans cette marge de sécurité, le risque est de voir son projet s’arrêter simplement par manque de trésorerie, ce que j’appelle la « mort par étouffement ».

Enfin, je dirais qu’il est indispensable de s’entourer des bonnes personnes. Bien sûr, il est agréable d’entendre que son projet est formidable, mais les avis de proches sont parfois plus affectifs qu’objectifs. Un bon entourage est celui qui encourage, tout en étant capable de poser les bonnes questions et d’exprimer des critiques constructives. C’est souvent ce regard honnête qui permet d’éviter de nombreuses erreurs.

 

À quel moment un entrepreneur devrait-il se faire accompagner, et pourquoi ?

Un simple entretien de trente minutes avec une personne expérimentée peut déjà faire la différence. Parfois, le coach confortera l’entrepreneur dans son projet, d’autres, au contraire, il le découragera de poursuivre dans cette direction. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas une mauvaise chose. Dire non au bon moment peut éviter une situation beaucoup plus difficile quelques mois plus tard. Il faut parfois quelqu’un qui ait le courage de dire les choses avec bienveillance, et surtout avec honnêteté.

L’accompagnement reste précieux tout au long de la vie de l’entreprise. Il arrive à tous les entrepreneurs de douter, de tourner en rond ou de ne plus savoir quelle décision prendre. Dans ces moments-là, une discussion d’une heure peut suffire à débloquer une situation et à ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.

J’ai accompagné plus de 1 150 créateurs d’entreprise dans le cadre d’un mandat avec le Service de l’emploi du canton de Vaud. Notre rôle consistait à analyser leur projet, à évaluer leur business plan, aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, puis à rendre un avis. Environ 60 % des projets recevaient un avis favorable, tandis que les autres étaient refusés parce qu’ils n’étaient pas suffisamment aboutis ou que le contexte n’était tout simplement pas le bon. Dire non ne signifiait pas abandonner ces personnes. Au contraire, cela permettait souvent de les aider à retravailler leur projet, à le renforcer ou à l’orienter différemment. D’ailleurs, certaines m’ont remercié de leur avoir dit non, car cela leur a évité de se lancer trop tôt.

C’est aussi cela que j’entends par le rôle de sparring partner. J’écoute, j’échange, je partage mon expérience et mes opinions, sans imposer de décisions. Mon objectif est d’aider l’entrepreneur à sortir d’un raisonnement qui tourne en boucle, à prendre du recul et à envisager des solutions qu’il n’avait peut-être pas vues avant. 


Après avoir accompagné plus de 1500 projets, quels sont les 3 facteurs qui font vraiment la différence entre un projet qui aboutit et un projet qui échoue ?

Le premier facteur est, sans hésiter, l’étude du marché. C’est d’ailleurs une des premières étapes que je présente dans mon livre : « Le voyage de la création d’entreprise » Avant de développer une idée, il faut comprendre le domaine dans lequel on souhaite évoluer et surtout aller confronter son projet au marché. Ce sont les clients qui détiennent la vérité, pas l’entrepreneur. Bien sûr, il existe quelques réussites exceptionnelles comme Steve Jobs ou Mark Zuckerberg, mais elles représentent une infime minorité. Dans la grande majorité des cas, un projet a davantage de chances de réussir s’il répond à un besoin réel et clairement identifié.

Le deuxième facteur est la maîtrise des besoins financiers. Une fois le marché étudié et le projet affiné, il faut calculer de manière réaliste les ressources nécessaires jusqu’au point d’équilibre. Beaucoup d’entrepreneurs sous-estiment le temps qu’il faudra pour générer suffisamment de revenus et, par conséquent, les moyens financiers indispensables pour tenir durant cette période. Pourtant, c’est souvent cette préparation qui fait la différence entre une entreprise qui traverse les premiers mois sereinement et une autre qui s’essouffle faute de trésorerie.

Enfin, le troisième facteur est la capacité à pivoter. Un entrepreneur doit savoir observer les évolutions de son marché et accepter de remettre en question son idée de départ si le contexte l’exige. Il ne s’agit pas d’abandonner son projet au premier obstacle, mais d’être capable de le faire évoluer, de cibler un nouveau segment de clientèle ou d’adapter son offre lorsque cela devient pertinent. Les évolutions technologiques ou sociétales, comme l’essor de l’intelligence artificielle, peuvent créer de nouvelles opportunités, mais elles doivent toujours être analysées avec discernement. La capacité d’adaptation est une qualité essentielle, à condition qu’elle s’appuie sur une réflexion solide plutôt que sur un simple effet de mode.

 

Si vous ne pouviez donner qu’un seul conseil à une personne qui souhaite créer son entreprise cette année, lequel serait-il ?

« Ne tombez pas éperdument amoureux de votre projet en fermant les yeux, regardez ailleurs, imaginez les bouleversements qui se préparent…et comment en saisir les opportunités au bond ! »

Beaucoup d’entrepreneurs sont convaincus que leur idée est excellente, mais une idée n’a de valeur que si elle répond à un véritable besoin. Il faut donc accepter de la confronter au marché, d’écouter les retours et, si nécessaire, de la faire évoluer. C’est souvent cette capacité à prendre du recul qui fait la différence.

J’aime d’ailleurs proposer un exercice très simple que j’appelle la baguette magique. Je demande aux futurs entrepreneurs de mettre leur idée de côté pendant un instant et d’aller directement à la rencontre des personnes concernées par leur futur marché. La question est toute simple : « Si vous aviez une baguette magique, dans votre domaine, quel serait votre plus grand souhait ? Quel problème aimeriez-vous résoudre ? » Ensuite, il faut simplement écouter. Les réponses obtenues sont souvent d’une richesse incroyable et permettent de mieux comprendre les attentes réelles des potentiels futurs clients.

Enfin, je dirais qu’il faut oser entreprendre et accepter de sortir de sa zone de confort. Mais entreprendre ne signifie pas foncer tête baissée. Il faut avancer avec enthousiasme, tout en restant suffisamment lucide pour écouter, observer, remettre en question ses certitudes et saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.

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