Carine Escudero
Image de OSAM FORMATIONS

OSAM FORMATIONS

Comment renforcer sa crédibilité et son influence au travail

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer en quoi consiste votre activité ?

Je suis Carine Escudero, formatrice, coach et conférencière, spécialisée en communication d’influence, prise de parole stratégique, posture d’autorité et dynamiques relationnelles.

Mon parcours est assez atypique, mais il possède un véritable fil rouge : comprendre ce qui permet à une personne d’être entendue, reconnue et suivie. J’ai travaillé dans les ressources humaines, occupé des fonctions managériales, développé plusieurs activités entrepreneuriales, et je suis également issue du monde de la scène. Ces différentes expériences me permettent aujourd’hui d’aborder la communication à la fois sous l’angle de l’entreprise, de la psychologie humaine, de la stratégie et de l’incarnation.

J’interviens souvent auprès de professionnels qui possèdent déjà les compétences techniques et l’expérience nécessaires, mais dont le message, la posture ou la manière d’entrer en relation ne produisent pas encore l’adhésion attendue.

J’accompagne des dirigeants, des cadres dirigeants, des (top)managers, des experts, des entrepreneurs, mais aussi des collectifs et des équipes. En individuel, le travail peut porter sur une prise de poste, une intervention en CODIR, une négociation importante, une annonce sensible, un pitch ou la construction d’une autorité plus naturelle. En collectif, j’interviens notamment sur la communication managériale, la coopération, la prévention des tensions, la prise de parole, la démarche commerciale ou l’accompagnement des transformations.

Lorsqu’une entreprise traverse une réorganisation, une fusion ou une évolution culturelle, les décisions ne suffisent pas. Encore faut-il les rendre compréhensibles, acceptables et mobilisatrices. Mon rôle consiste alors à aider les dirigeants et les managers à ajuster leurs messages, à anticiper les résistances et à devenir de véritables relais du changement.

Je m’appuie notamment sur le DISC, la PNL et l’intelligence émotionnelle. Non pour enfermer les personnes dans des cases, mais pour leur permettre de mieux comprendre leur fonctionnement, celui de leurs interlocuteurs et les dynamiques qui se jouent dans une relation.

Mes accompagnements peuvent prendre la forme de parcours individuels, de dispositifs collectifs, d’ateliers ou de conférences. Mais le fil conducteur reste toujours le même : faire de la communication un levier d’autorité, d’adhésion et d’influence. 

 

Beaucoup de professionnels sont compétents, mais peinent à être reconnus. Selon vous, qu’est-ce qui fait réellement la différence entre une personne experte et une personne influente ?

L’expertise repose sur ce que l’on sait. L’influence repose sur ce que les autres comprennent, retiennent et ont envie de suivre.

On peut être extrêmement compétent et rester peu visible, peu écouté ou insuffisamment reconnu. Non parce que la valeur n’est pas là, mais parce qu’elle n’est pas encore perceptible. Or, dans la vie professionnelle, la compétence réelle et la compétence perçue ne coïncident pas toujours.

Une personne influente n’est pas nécessairement celle qui parle le plus fort, qui occupe le plus d’espace ou qui possède le plus grand nombre d’abonnés. C’est celle qui parvient à créer de la confiance, à donner du sens et à mettre les autres en mouvement.

Cela suppose d’abord un positionnement clair : savoir ce que l’on défend, quelle valeur on apporte et pour quoi l’on souhaite être reconnu. Cela demande ensuite de savoir traduire son expertise. Beaucoup de professionnels parlent depuis leur propre niveau de maîtrise, avec un langage très technique, alors que leur interlocuteur a besoin d’une vision, d’un cap ou d’une décision simple.

Enfin, l’influence naît de la cohérence. Si les mots expriment de l’assurance, mais que la voix, le regard ou la posture traduisent du doute, le cerveau de l’interlocuteur perçoit cette contradiction. À l’inverse, lorsque le message, le comportement et l’intention sont alignés, la crédibilité augmente naturellement.

C’est particulièrement visible chez les dirigeants et les managers. Leur fonction leur confère une autorité statutaire, mais elle ne garantit ni l’adhésion ni l’engagement. Les collaborateurs peuvent exécuter une décision parce qu’elle vient de la hiérarchie, sans pour autant y croire ni la soutenir.

Pour moi, la véritable influence ne consiste donc pas à imposer une idée. Elle consiste à créer les conditions pour qu’elle soit comprise, considérée et librement suivie.

L’expert apporte une réponse. La personne influente donne envie d’en faire quelque chose. L’autorité professionnelle ne repose ainsi pas seulement sur les arguments, mais aussi sur la capacité à lire les dynamiques relationnelles, à rester stable sous pression et à incarner sa parole.

 

Vous accompagnez des dirigeants, managers et entrepreneurs. Quelles sont les erreurs les plus fréquentes qui nuisent à leur crédibilité ou à leur présence professionnelle ?

La première erreur consiste à croire que la qualité du fond suffira à convaincre. Un bon raisonnement peut perdre toute sa force s’il est trop long, trop complexe ou mal incarné. Certains professionnels préparent énormément leurs contenus, mais très peu l’effet qu’ils souhaitent produire sur leur interlocuteur.

La deuxième erreur est de communiquer depuis soi, plutôt que depuis celui qui écoute. Un dirigeant possède souvent plusieurs semaines ou plusieurs mois d’avance sur une décision. Lorsqu’il l’annonce, il a déjà eu le temps de la comprendre, de la questionner et parfois de l’accepter. Ses collaborateurs, eux, la découvrent en quelques minutes. S’il ne tient pas compte de ce décalage, il risque d’interpréter leurs réactions comme de la résistance, alors qu’elles traduisent parfois simplement un besoin de compréhension ou de sécurité.

Je rencontre également de nombreux managers qui restent enfermés dans une posture d’expert. Ils répondent, expliquent, argumentent et apportent des solutions. Mais ils écoutent peu, questionnent peu et ne créent pas toujours l’espace nécessaire à l’adhésion. Or, manager ne consiste pas uniquement à posséder la bonne réponse. Il faut aussi savoir faire grandir, responsabiliser, recadrer et mobiliser.

Une autre erreur fréquente concerne le manque de cohérence entre le verbal et le non-verbal. Parler trop vite, éviter les silences, se justifier excessivement, fuir le regard ou multiplier les gestes parasites peut affaiblir un message pourtant pertinent. La crédibilité ne signifie pas être froid ou parfaitement contrôlé. Elle naît plutôt d’une présence stable, claire et congruente.

Sur LinkedIn, l’erreur prend une autre forme : vouloir être visible avant d’avoir clarifié son positionnement. On publie sur des sujets très différents, on reproduit les tendances du moment ou l’on cherche à plaire au plus grand nombre. Le résultat est souvent une présence active, mais peu identifiable.

Enfin, certains professionnels confondent autorité et dureté. Ils pensent qu’ils doivent gommer leur personnalité, leurs émotions ou leur vulnérabilité pour être crédibles. Pourtant, l’autorité la plus solide n’est pas celle qui écrase. C’est celle qui rassure, pose un cadre et permet à chacun de savoir où il va.

En résumé, la crédibilité est rarement fragilisée par un manque de compétences. Elle l’est davantage par un manque de clarté, d’adaptation ou d’alignement. Mes domaines d’intervention répondent précisément à ces difficultés : décisions mal relayées, posture managériale, tensions transverses, situations sensibles et visibilité insuffisamment structurée.

 

Quels leviers concrets peut-on mettre en place dès aujourd’hui pour renforcer son impact, en réunion, sur LinkedIn ou face à des clients ?

Le premier levier consiste à ne plus préparer uniquement ce que l’on va dire, mais à définir l’effet que l’on souhaite produire.

Avant une réunion, une présentation ou un rendez-vous client, je conseille de répondre à trois questions très simples : qu’est-ce que mon interlocuteur doit comprendre, qu’est-ce qu’il doit ressentir et qu’est-ce que j’attends de lui ensuite ? Cette réflexion oblige à sortir de l’accumulation d’informations pour entrer dans une véritable stratégie de communication.

Le deuxième levier est de clarifier son message principal. Si l’on ne devait retenir qu’une seule phrase de votre intervention, laquelle serait-ce ? Beaucoup de prises de parole perdent leur impact parce qu’elles comportent trop d’idées concurrentes. Un message fort n’est pas nécessairement simpliste. Il est hiérarchisé.

En réunion, il est également essentiel d’observer avant d’intervenir. Qui prend la parole ? Qui influence silencieusement la décision ? Qui a besoin de données, de garanties, de rapidité ou de concertation ? Les grilles comme le DISC permettent de comprendre que l’on ne convainc pas tous les interlocuteurs de la même manière. Certains auront besoin d’aller droit au but, d’autres de disposer de preuves, de se sentir associés ou de percevoir l’enthousiasme du projet.

Face à un client, l’impact commence par la qualité du diagnostic. Plus on cherche à vendre rapidement, plus on risque de proposer une réponse générique. Poser les bonnes questions, reformuler les enjeux et montrer que l’on comprend les conséquences concrètes d’un problème renforce immédiatement la confiance.

Sur LinkedIn, je recommande de commencer par le positionnement, et non par la publication. Le profil doit permettre de comprendre rapidement qui vous accompagnez, sur quels sujets et avec quelle valeur ajoutée. La ligne éditoriale doit ensuite construire une association claire entre votre nom, votre expertise et les problématiques que vous résolvez.

Il ne s’agit pas seulement de publier des conseils. Il faut aussi partager une lecture personnelle de son métier, des expériences de terrain, des convictions et parfois des désaccords argumentés. C’est ainsi que l’on devient identifiable.

Enfin, il faut travailler l’incarnation : ralentir, assumer les silences, poser le regard, respirer avant de répondre et supprimer les justifications inutiles. Quelques secondes de stabilité peuvent parfois créer davantage d’autorité que plusieurs minutes d’argumentation.

Dans mes approches Leadership et Digital, ce travail part du positionnement et de l’observation, avant d’aborder la sécurité intérieure, l’expression et le rayonnement. Pour LinkedIn, cette progression relie la connaissance de sa cible, la confiance nécessaire pour s’exposer, la clarté de la ligne éditoriale et la construction d’une visibilité durable.

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un professionnel qui souhaite gagner en visibilité, en légitimité et en influence, quel serait-il et pourquoi ?

Je lui conseillerais de chercher d’abord à être clair avant de chercher à être visible.

Nous vivons dans un environnement qui pousse à produire davantage : davantage de contenus, davantage de prises de parole, davantage de présence sur les réseaux. Pourtant, lorsque le positionnement est flou, augmenter la visibilité ne résout pas le problème. Cela rend simplement le flou plus visible.

Il faut donc commencer par clarifier trois éléments : ce que l’on apporte, à qui on l’apporte et la manière singulière dont on le fait.

Cette clarté permet ensuite de prendre position plus facilement, de choisir les bons sujets, d’adapter son discours et de répéter son message sans avoir l’impression de se répéter. Elle crée aussi de la cohérence entre ce que l’on dit en rendez-vous, ce que l’on publie sur LinkedIn et ce que les autres racontent de nous lorsqu’on n’est pas dans la pièce.

La légitimité ne se construit pas en affirmant continuellement que l’on est expert. Elle se construit en aidant les autres à mieux comprendre une situation, à prendre une décision ou à franchir une étape.

Quant à l’influence, elle apparaît progressivement, lorsque cette parole claire est répétée avec constance et confirmée par les actes.

Je résumerais donc ce conseil ainsi : choisissez le territoire sur lequel vous souhaitez être reconnu, assumez un point de vue et incarnez-le durablement.

Il n’est pas nécessaire d’être présent partout ni de parler de tout. Il faut devenir suffisamment clair et cohérent pour que, lorsqu’un besoin apparaît, votre nom soit naturellement associé à la solution.

La visibilité attire le regard. La clarté installe la confiance. Et c’est la confiance qui crée l’influence. Mon approche digitale repose justement sur ce triptyque : positionnement, message et présence, plutôt que sur une simple accumulation de publications.

Partager

Articles recommandés