Arnaud Humair
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Temps, stress, performance : la méthode OPL pour reprendre le contrôle

Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre activité ? 

Scientifique de formation, je travaille depuis plus de dix ans dans le développement de dispositifs médicaux cardiovasculaires. En 2021, j’ai découvert le coaching et j’ai eu un véritable coup de cœur pour ce métier. J’ai entamé une série de formations (niveau de base et avancé, certification professionnelle IDC et ICF, coaching en entreprise) et je suis devenu coach professionnel indépendant en 2023. Ma spécialité est la gestion du temps. J’aide les responsables (dirigeant•e•s, entrepreneur•e•s, indépendant•e•s, postes stratégiques) à comprendre leur rapport au temps afin de mieux gérer leur priorités professionnelles et personnelles, leurs équipes et leur stress. Pas pour faire plus, mais accomplir ce qui est essentiel avec le niveau de qualité visé et l’état intérieur désiré.

 

Quelles sont, selon vous, les principales erreurs que font les managers et dirigeants dans la gestion de leurs priorités au quotidien ?

Ce que j’observe dans ma pratique, c’est que les personnes à responsabilité ont tendance à accepter toutes les demandes en espérant que la surcharge de travail – réelle –se réduise avec le temps. C’est le piège : la pile a tendance à croître. La principale conséquence est la focalisation sur les priorités les plus urgentes, ce qui amène à deux problèmes distincts : (1) le stress au quotidien, dont les répercussions sur l’organisme et les relations aux autres, professionnelles ou non, sont directement affectées, et (2) le manque d’investissement, donc de progrès, dans les projets importants à long terme, ce qui met directement en péril la pérennité d’une équipe, d’un département ou d’une entreprise.

Trois autres écueils courants sont la difficulté à déléguer des tâches importantes ; l’incapacité à refuser, ou à questionner, toute demande additionnelle ; la reluctance à admettre une situation difficile et à demander de l’aide.

 

Comment articuler performance professionnelle et équilibre vie pro / vie perso sans tomber dans la surcharge ou la dispersion ?

De mon point de vue, il n’y a pas de réponse universelle. Chaque personne peut avoir un équilibre qui lui convient (ou plusieurs) et celui-ci évolue avec nous. Il est important de prendre le temps de fixer trois éléments : les objectifs, les priorités et les limites (O-P-L).

Les objectifs sont les directions à suivre et les priorités les moyens d’y arriver.
Lister et hiérarchiser ses priorités, personnelles et professionnelles confondues, est primordial, car il nous permet de nous focaliser sur ce qui compte vraiment. Là où va notre attention va notre énergie. Couplé à l’objectif, c’est une boussole permanente. En cas de doute, on s’arrête, on analyse et on ajuste.
Enfin, les limites sont essentielles pour ne pas se disperser ni oublier une priorité. « Quelle est la ligne que je ne veux pas franchir ? » Un cadre bien défini rassure, car il diminue l’incertitude, donc le stress, freine la dispersion (sortie du cadre) et empêche la surcharge (agrandissement du cadre). Je préconise de fixer régulièrement ses propres limites : heures de travail, travail à la maison, heures de sommeil, temps minimal de loisirs ou en famille…etc. Une astuce est de concevoir sa journée ou sa semaine idéale, avec le temps souhaité pour chaque activité, indépendamment les unes des autres. Lorsque vous faites cet exercice pour la première fois, la somme fait rarement moins du temps réel à disposition… C’est une excellente base de travail pour établir ses limites.

 

Quel rôle jouent le stress et les émotions dans notre rapport au temps, et comment mieux les réguler pour gagner en efficacité ?

Le stress, qui est physiologiquement associé à un pic de cortisol, est généralement un symptôme de la peur de ce qui pourrait se passer. Nous stressons parce que nous anticipons un problème dont la réalisation provoquerait des émotions négatives que nous n’aimons pas ressentir. Voici trois peurs courantes qui engendrent du stress :

(1) L’échec visible : « Je n’y arriverai pas à temps » ;
(2) Assumer la responsabilité : « Si je me trompe, les conséquences sont énormes » ;
(3) Choisir (donc supprimer) : « J’ai trop de choses, je ne sais pas par où commencer ! »

Il en existe évidemment beaucoup d’autres. Le plus important est d’identifier la source en se posant des questions du type : « Pour quelle raison je stresse ? », « Qu’est-ce qui me dérange vraiment si ça se produit ? ». Une fois le nœud cerné, il est plus facile de rationaliser et d’agir en conséquence. Par exemple, dans le cas (1), vaut-il mieux livrer un résultat de bonne qualité mais en retard ou à l’heure mais imparfait ? Souvent, la réponse vient naturellement ou peut être clarifiée avec le demandeur. Résultat : vous levez une source de stress. S’il y a plusieurs couches, il est possible de peler ce stress comme un oignon jusqu’à arriver à son cœur.

 

Dans des environnements exigeants (projets complexes, transformations, forte pression), quelles pratiques concrètes recommandez-vous pour reprendre le contrôle de son temps et de son impact ?

Il n’y a pas de recette miracle (ça se saurait !), mais je suis convaincu que chaque personne peut développer une gestion du temps qui lui ressemble et qu’elle a envie d’appliquer. Il existe de nombreuses lois, théories ou méthodes de gestion du temps. Certains concepts sont pertinents dans une situation spécifique, mais ils ne devraient pas être appliquées par défaut. Si la règle vient de nous, l’impact est beaucoup plus fort.

Mon conseil est de commencer par la base : les objectifs et les priorités. Un objectif doit être précis, réalisable, inspirant, mesurable et établi dans le temps. Lors d’un accompagnement, il arrive que la personne ne soit pas au clair sur ce qu’elle veut et l’utilisation d’un outil permet de dégager les grands axes. Ensuite, il est important de lister ses priorités (4 à 6 au maximum), puis ses limites (minimales et/ou maximales). Là aussi, il existe des outils spécifiques en coaching pour les priorités et les limites. Si ce cadre O-P-L (Objectifs-Priorités-Limites) est mis en pratique, suivi et réajusté régulièrement, la gestion du temps s’améliore graduellement.

À noter qu’un cadre trop rigide ne convient pas à tout le monde et qu’il faut parfois faire preuve de créativité pour créer des O-P-L qui nous conviennent.

La quatrième dimension, plus philosophique et qui vient chapeauter les OPL, est le rapport personnel au temps (RPT). Autrement dit, « Qu’est-ce que le temps pour moi ? ». Cet élément central est directement en lien avec notre identité et nos valeurs fortes. C’est un travail approfondi sur soi qui permet de donner du sens à la gestion du temps qu’on met en place.

Même s’il est possible de progresser seul, faire appel à un•e spécialiste est un vrai raccourci, car le processus de changement est accéléré, nous recevons du feedback, les angles morts sont mis en lumière et la motivation et l’engagement sont boostés. Oui, il y a un prix. Mais combien valent des années de perdu et les conséquences d’un stress quotidien ?

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