
Les clés d’une gestion d’entreprise durable en Suisse
Amine Moudrik et Guillaume Bertin, cofondateurs de Nova Gestion, partagent leurs conseils pour structurer et développer une entreprise en Suisse.
Nova Gestion est un fiduciaire basé à Genève, avec une antenne en Valais, que nous avons co-fondée Amine Moudrik et moi-même, Guillaume Bertin. Chez Nova Gestion, nous accompagnons des PME, des indépendants et des dirigeants, dans la création et/ou le développement de leur activité en Suisse.
Notre périmètre va au-delà du fiduciaire classique. Au-delà de la comptabilité, de la fiscalité et des charges sociales, nous intervenons sur quatre dimensions qui nous distinguent.
D’abord, la création de sociétés clés en main. Nous prenons le dossier en amont : choix de la structure juridique, rédaction des statuts, constitution du capital, inscription au Registre du commerce, ouverture des comptes, affiliations sociales et TVA. Le dirigeant arrive avec un projet, il repart avec une société opérationnelle.
Ensuite, les mandats de gérant et d’administrateur. Pour beaucoup de dirigeants étrangers ou pour des structures qui ont besoin d’un administrateur résident suisse, nous – Amine et Guillaume – siégeons personnellement comme administrateurs ou gérants. Ce sont des mandats que nous assumons en notre nom propre, avec la responsabilité que cela implique. Nous y consacrons un temps significatif et nous limitons volontairement leur nombre pour rester sérieux dans leur exercice.
Troisièmement, la domiciliation et la représentation. Nos bureaux à Genève et en Valais nous permettent d’accueillir le siège de sociétés, d’assurer leur représentation fiscale et de servir d’adresse de référence pour les démarches administratives.
Enfin, l’accompagnement de dirigeants internationaux. Nous travaillons régulièrement avec des entrepreneurs européens, du Golfe ou d’ailleurs, qui ont besoin d’un interlocuteur capable de comprendre leur contexte d’origine et de traduire les exigences suisses dans une logique qui leur parle. Cette dimension multiculturelle fait partie de notre quotidien.
Sur l’ensemble de ces missions, notre approche tient en une idée simple : nous sommes les interlocuteurs directs de nos clients. Pas de chaîne hiérarchique opaque, pas de changement d’interlocuteur tous les six mois. Nous les associés (Guillaume et Amine) sommes présents sur les dossiers, et c’est ce qui permet une vraie relation de confiance dans la durée.
Trois difficultés reviennent constamment.
La première, c’est la complexité administrative et réglementaire. Entre la TVA, les charges sociales, la LPP, les obligations du Code des obligations en matière de comptabilité, les évolutions fiscales cantonales, beaucoup de dirigeants découvrent ces sujets en cours de route et prennent du retard. En Suisse, la rigueur formelle est exigeante, et une erreur de classification ou un transitoire mal traité peut coûter cher au moment de la révision ou du contrôle.
La deuxième, c’est le temps. La gestion administrative est chronophage et invisible : tant que tout fonctionne, personne ne voit le travail réalisé. Mais dès qu’il y a un retard de paie, un rappel AVS ou une décision de taxation contestable, l’impact sur l’entreprise est immédiat. Beaucoup de nos clients viennent nous voir après avoir essayé de tout gérer eux-mêmes et constaté qu’ils sacrifiaient leur cœur de métier.
La troisième problématique concerne le pilotage de l’entreprise. Beaucoup de dirigeants disposent d’une comptabilité tenue à jour et respectent leurs obligations légales, mais ne disposent pas pour autant des outils nécessaires pour piloter efficacement leur activité. Ils connaissent leur chiffre d’affaires, savent ce qui est encaissé ou payé, mais peinent souvent à identifier ce qui génère réellement de la valeur, quelles activités sont rentables et où se situent les principaux leviers d’amélioration.
Dans notre pratique, nous constatons régulièrement que les décisions stratégiques sont prises sur la base d’intuitions, de ressentis ou d’une vision partielle de la situation financière. C’est pourquoi nous consacrons une part importante de notre accompagnement à reconstruire des indicateurs de gestion simples, fiables et directement exploitables par le dirigeant. Nous analysons notamment la marge par activité, par client ou par projet, nous mettons en place des prévisions de trésorerie permettant d’anticiper les besoins de financement, et nous calculons le point mort afin de déterminer le niveau minimal d’activité nécessaire à la rentabilité de l’entreprise.
D’abord, une sécurité. Les démarches RH en Suisse, affiliations aux caisses, contrats conformes, décomptes de salaire, certificats annuels, suivi des permis de séjour pour les frontaliers, sont denses et évoluent régulièrement. Externaliser, c’est s’assurer que les obligations sont tenues dans les délais, sans risque de redressement ou de contentieux avec un collaborateur.
Ensuite, du temps récupéré. Un dirigeant qui passe deux jours par mois sur la paie et les déclarations sociales, c’est deux jours qu’il ne consacre pas à ses clients ou à son équipe. Lorsque nous reprenons ces tâches, il retrouve immédiatement de la disponibilité pour ce qui crée de la valeur dans son activité.
Enfin, et c’est sans doute le moins visible mais le plus structurant : un cadre. En externalisant, nos clients adoptent des processus standardisés, onboarding documenté, fiches de poste, suivi des absences, échéanciers fiscaux. Ces processus, qu’ils auraient mis des années à formaliser seuls, leur permettent ensuite de recruter, déléguer et croître sans que tout repose sur leur tête.
L’impact est réel, mais il n’est pas où on l’attend. L’IA ne remplace pas le comptable ou le fiduciaire : elle déplace la valeur. Les tâches purement répétitives, saisie, rapprochement, première qualification de pièces, s’automatisent rapidement. Ce qui reste, et qui devient même plus important, c’est la lecture, l’interprétation, le conseil. C’est précisément le cœur de notre métier.
Concrètement, nous utilisons l’IA en interne pour accélérer la revue de dossiers, structurer des analyses fiscales, préparer des supports pour nos clients. Cela nous permet de consacrer davantage de temps au dialogue avec le dirigeant plutôt qu’à de la production administrative.
Pour nos clients, notre rôle est double. D’une part, nous les aidons à identifier ce qu’ils peuvent automatiser dans leur propre gestion — facturation, relances, traitement des notes de frais — sans tomber dans la sur-promesse de certains outils. D’autre part, nous restons vigilants sur ce que l’IA fait mal aujourd’hui : la qualification juridique et fiscale d’une opération, la prise en compte d’un contexte cantonal spécifique, le jugement professionnel. Sur ces sujets, l’erreur d’un outil peut coûter beaucoup plus cher que le temps gagné. Notre travail consiste à poser ce cadre.
Quatre leviers, que nous voyons régulièrement négligés.
Le premier : la trésorerie. Beaucoup de dirigeants pilotent leur entreprise au résultat, alors que c’est la trésorerie qui détermine la survie et la capacité d’investissement. Nous rencontrons régulièrement des entreprises rentables sur le papier qui se retrouvent en tension faute d’anticipation. Un budget de trésorerie à douze mois, mis à jour mensuellement, change radicalement la qualité des décisions. C’est un outil simple, peu coûteux à mettre en place, et pourtant rarement utilisé.
Le deuxième : la documentation des processus. Tant qu’une entreprise repose sur la mémoire du dirigeant ou de deux collaborateurs clés, elle n’est pas transmissible et elle est vulnérable. Documenter les procédures, même de manière sommaire, c’est rendre l’entreprise résiliente, faciliter les recrutements et préparer toute opération future, qu’il s’agisse d’une transmission, d’une levée ou simplement d’une délégation.
Le troisième, plus discret : la structure juridique et la gouvernance. Le choix entre raison individuelle, Sàrl et SA, la composition du conseil d’administration, la rédaction de statuts adaptés, l’articulation entre les fondateurs en cas de pluralité, ce sont des sujets traités souvent à la création puis oubliés. Or, c’est précisément en phase de croissance que ces choix initiaux montrent leurs limites. Un statut bien pensé en amont évite des mois de négociation et des coûts élevés en aval.
Enfin, un quatrième levier que l’on retrouve systématiquement dans les entreprises les plus performantes : le pilotage. Beaucoup de dirigeants disposent d’une comptabilité à jour, mais manquent d’indicateurs leur permettant de comprendre réellement ce qui crée de la valeur dans leur activité. Les indicateurs clés permettent aux entrepreneurs de prendre des décisions éclairées plutôt que fondées sur des intuitions. La différence entre une entreprise qui subit sa croissance et une entreprise qui la maîtrise réside souvent dans sa capacité à mesurer les bons indicateurs au bon moment.
Au fond, la croissance durable ne repose pas sur un événement exceptionnel ou sur une opportunité unique. Elle repose sur une série de décisions structurantes prises en amont, souvent lorsque rien ne semble encore les rendre urgentes. Les entreprises qui investissent dans leurs fondations avant d’en avoir besoin sont généralement celles qui traversent le mieux les périodes d’accélération, de transformation ou de crise.

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