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OSAM FORMATIONS

Un leader en formation IT

Interview de Michel Daillac

Monsieur Daillac, pouvez-vous nous raconter comment votre carrière a commencé et ce qui vous a conduit à devenir formateur en IT et créateur de formations ?

 

Ma carrière professionnelle a démarré plutôt prématurément. En raison d’un contexte difficile et d’une rupture avec le système scolaire français, j’ai effectué mon service militaire dans la Marine Nationale française en devançant mon appel (à l’époque, le service militaire était obligatoire en France), en tant que sous-marinier, durant deux ans. Une expérience qui m’a permis de retrouver confiance en mes capacités à évoluer professionnellement. C’était aussi ma première rencontre avec un milieu industriel de pointe, un environnement où la discipline est une nécessité vitale, et les valeurs d’équité et de fraternité ne sont pas de vains mots. C’est aussi là que commence mon expérience en bureautique. Puis j’ai repris le chemin de la formation en passant un diplôme de mécanicien auto, l’équivalent d’un CFC. Après quelques années de petits boulots et d’intérim, j’ai repris les bancs de l’école pour me spécialiser en passant un diplôme de Technicien conducteur d’essais moteurs, équivalent à une maturité pro. Très peu de temps après, je suis embauché chez Peugeot-Citroën (PSA SA à l’époque) en Recherche et Développement, je vais passer 10 ans dans cette entreprise, où avec l’expérience acquise, je vais commencer à créer et animer des formations métiers (diagnostic, analyseurs et bancs d’essais, mise au point, etc.), optimiser fortement mon activité, écrire des process et procédures selon des normes ISO, participer à des projets techniques et organisationnels, intégrer des cellules de crise, et évoluer en passant d’ouvrier spécialisé à agent de maîtrise. J’ai aussi en parallèle passé en candidat libre un BTS Moteurs à Combustion Interne, l’équivalent d’un Brevet Fédéral. J’ai aussi significativement accru mon niveau d’expertise en bureautique, surtout sur Excel, utilisant VBA et des formules mathématiques complexes pour automatiser des calculs issus de tests, ou l’organisation des prestations de mesure physique et de gestion du matériel et des consommables. Par conséquent, j’ai alors aussi commencé à former des collègues aux outils bureautiques.

 

Vous avez travaillé chez Tesla Motors en tant que Delivery Experience Specialist et Diagnosticien. Quelles leçons clés avez-vous tirées de cette expérience, notamment en matière de gestion des flux d’ateliers Lean-Agile et de formation de techniciens ?

 

 Environ un an avant mon départ de chez PSA SA, j’ai été contacté par TESLA pour rejoindre ses rangs en tant que diagnosticien à Satigny. La mission proposée est sympa : mettre en place la structure de service, avec d’autres profils un peu atypiques comme moi. TESLA est une entreprise automobile gérée comme une entreprise informatique, et c’est plutôt malin car les TESLA sont de véritables ordinateurs sur roues. J’ai donc rejoint TESLA en août 2014, et cela correspond avec mon arrivée dans la région, il y a 10 ans. Tout va très vite, et de formation en formation, me voilà certifié sur tous les systèmes, y compris les batteries et l’infotainment. Je commence à former des mécaniciens en Suisse alémanique, où je suis allé plusieurs fois en renfort, ainsi qu’en bout de chaîne à l’usine de Tilburg aux Pays-Bas, pour du diagnostic en post-production. Le diagnostic est systématiquement documenté en créant des tickets dans Jira, et sur Confluence (produits Atlassian utilisés principalement dans les projets IT), on crée des articles lors de la résolution de pannes qui vont aider des collègues du monde entier. Avec mes collègues de la première heure, nous avons mis en place la gestion des flux d’atelier Lean-Agile, afin d’optimiser l’activité avec un système issu de la production, ce qui a entrainé des améliorations et l’identification des « bottle necks » (sources de ralentissement dans l’ensemble du process), conduisant à une satisfaction clientèle accrue, par une meilleure efficacité opérationnelle.

 

Vous avez une forte expérience en gestion de projet. Pouvez-vous nous donner un exemple concret d’un projet que vous avez mené à bien chez Alloa Informatique, notamment le projet de sécurité informatique basé sur la norme ISO 27000 ?

 

Ce fut en effet un projet intéressant à plus d’un titre. Ayant déjà conduit des projets de norme ISO chez PSA SA, j’avais déjà l’expérience requise pour mener à bien la structuration du process de sécurité informatique selon le cahier des charges émis par le SECO (secrétariat d’état à l’économie), pour une caisse de chômage publique, cliente d’ALLOA Informatique. Après avoir redéfini avec précision les éléments nécessaires en préparation de l’audit de sécurité informatique, j’ai défini et écrit le processus entièrement, en gardant et révisant les procédures existantes de Niveau 3 (les instructions de travail pour une seule personne ou entité), pour structurer les niveaux 2 (les processus impliquant plusieurs intervenants et contenant les procédures de niveau 3) et 1 (le processus organisationnel, contenant l’ensemble des processus de niveau 2). Le but n’étant pas seulement de structurer les pratiques existantes, mais également de mettre en place des outils robustes et reconnus d’amélioration continue, selon les exigences de la norme ISO-27001 et 2. 

Pour le suivi du projet, un classique diagramme de Gantt a été utilisé. Bien que j’aie plus d’affinité avec les méthodes Agile, surtout le framework SAFe, étant à la fois le chef de projet et la ressource principale, il était plus aisé et plus direct de procéder avec une méthode classique. En revanche, j’ai pu mettre en pratique mes connaissances en Business Analyse pour conduire l’élicitation des parties prenantes en amont du projet.

 

Pouvez-vous partager un projet où vous avez appliqué les méthodologies Lean et Agile, et comment cela a amélioré les résultats du projet ?

 

Suite à mon accident chez TESLA et mon licenciement pour incapacité, j’ai été pris en charge par l’Assurance Invalidité du Canton de Genève (OCAS AI). Dans le cadre de ma reconversion, j’ai intégré un CAS en Management de Projet Agile à la Haute École de Gestion de Genève, à Carouge. En parallèle, j’ai eu la chance cette année de pouvoir bénéficier des cours de Business Analyse, en plus du tronc commun aux deux disciplines. C’était un choix de raison et de logique, car déjà expérimenté en gestion de projet dans la R&D automobile. Il me fallait un stage longue durée pour pouvoir mettre en pratique ces connaissances nouvellement acquises. C’est là que j’ai été accueilli par Monsieur Stanislas JACQUES, patron d’ALLOA Informatique. J’ai conduit deux projets : un pour la gestion des stocks de matériel d’alarme, et un pour la création d’une prestation de porte avis numériques à destination des régies immobilières. Pour le premier projet, une hybridation entre le Gantt et le Lean Management ont été employés, et pour le deuxième projet, le framework SAFe a été utilisé, avec au préalable une Business Analyse et une analyse Valeur ont été conduites. Divers outils, comme MS Project ou iceScrum, ont été mis en œuvre. Bien sûr, les gains sur ces projets sont à chercher non pas dans leur mise en œuvre, qui auraient pu se passer d’une gestion de projet ambitieuse, mais dans les choix stratégiques et économiques conduits.

 

En tant que formateur, quelles sont vos stratégies pour rendre les formations techniques attrayantes et efficaces pour vos étudiants, basées sur vos expériences à la fois en tant que formateur bureautique et IT ?

 

C’est une question qui est de la plus grande importance pour moi. Tout comme le facteur humain est prépondérant dans la réussite d’un projet, quel que soit son envergure, la relation de prof à élève doit se baser sur l’écoute. Il y a tant à apprendre en formant ! Ma philosophie pour la formation des adultes est de mixer savamment les méthodes andragogiques et heutagogiques. Pour faire simple, la formation pour adultes classique, ou le formateur dispense le savoir, et ou l’élève va approfondir ses connaissances par un travail personnel, est l’andragogie. L’heutagogie est davantage basée sur l’expérimentation, la recherche individuelle, et l’échange, entre les apprenants entre eux et avec le formateur, c’est ce qu’on appelait autrefois l’autoformation. Pour en revenir à l’écoute, elle me permet d’apprendre sur les centres d’intérêt de l’apprenant, et sur son métier. J’ai ainsi considérablement enrichi mes connaissances générales en formation, sciences, médecine, usinage, logistique, ressources humaines, et bien d’autres secteurs, mais aussi dans les élevages d’animaux de compagnie, certains sports et loisirs, qui m’étaient inconnus. En soi, l’écoute est le plus puissant des leviers car c’est celui qui va vous permettre de captiver l’attention de votre auditoire, qui va avoir le sentiment d’apprendre facilement et durablement quelque chose de nouveau et difficile sans trop sortir de sa zone de confort, car il aura pu l’associer avec quelque chose qui le drive profondément. C’est aussi l’occasion pour moi de m’enrichir et d’apprendre continuellement.

À part l’écoute, rendre vivant son récit par l’exemple et l’histoire, permet de captiver l’auditoire, et l’usage de l’humour et des animations dans les présentations Powerpoint sont aussi des leviers sûrs pour marquer l’auditoire avec les messages principaux que l’on souhaite faire passer, pour ancrer durablement le savoir chez les apprenants. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats et la satisfaction sont au rendez-vous, et ce n’est pas moi qui le dit, mais les apprenants et les mandataires. 

 

Pouvez-vous nous donner un exemple où votre formation a eu un impact significatif sur la carrière ou les compétences d’un de vos étudiants, en particulier à travers vos rôles de coach et juge bénévole pour Odyssey of the Mind Switzerland ?

 

Il faut savoir que l’âge moyen qu’avaient mes élèves à l’Ecolint, c’était 10 ans (7 à 12 ans). Bien qu’il ne soit pas possible d’accompagner des enfant et des adultes de la même manière, vous seriez surpris des ressources qu’ils ont quand vous les mettez dans les conditions adéquates. Odyssey of the Mind est un programme qui permet aux enfants de mobiliser en eux leurs aptitudes naturelles d’adaptation et de résolution de problèmes en stimulant leur imagination, en les obligeant à transformer et acquérir des connaissances pour innover, et en développant leur sens de l’observation, leur esprit d’équipe, et leur assurance. C’est un programme qui devrait être obligatoire dans les écoles, tant les bénéfices pour les enfants sont clairs. Je crois aussi sincèrement avoir autant appris que mes étudiants sur les trois ans consacrés à l’Ecolint dans ce programme. Je dois dire humblement que l’impact significatif sur les compétences des étudiants est plus dû au programme qu’au Coach, bien que je ne souhaite pas minimiser leur rôle qui reste très important. Et le plus grand bénéfice de ce programme est que ces compétences ne sont pas seulement utiles scolairement ou professionnellement, mais ce sont aussi des compétences utiles pour toute la vie et dans toutes les situations.

 

Vous utilisez la méthode Qualigram pour rédiger des processus. Pouvez-vous expliquer comment cette méthode a amélioré l’efficacité et l’innovation dans vos projets ?

 

La méthode Qualigram est en résumé une représentation graphique des processus et procédures, organisée en trois niveaux distincts. La charte graphique permet une compréhension immédiate, avec peu d’écrit, des tâches à réaliser, des acteurs impliqués, des interactions entre acteurs, et en quoi tout est relié au sein d’un processus organisationnel, qui lui-même est relié à un processus stratégique. C’est plus digeste que le BPNM (Business Process Model and Notation) et tout aussi efficace, voire même plus clair, à mon sens. C’est cette clarté qui représente pour moi le meilleur facteur d’efficacité, et quand les descriptions ont une meilleure lisibilité, cela laisse la place à l’innovation par une identification rapide des points d’amélioration.

 

Quelles sont vos aspirations futures en tant que formateur en IT et chef de projet ? Comment envisagez-vous l’évolution de la formation en IT dans les prochaines années ?

 

Je pense sincèrement, dans les mois et années à venir, me spécialiser comme formateur. La formation, c’est le domaine qui me motive le plus, et dans lequel j’ai démontré le meilleur de mes capacités et réussites. Ce n’est pas un choix facile, car en la matière, ce n’est pas vraiment pléthorique en termes d’offres d’emploi, ou d’offres de missions pour les indépendants. Cela dit, je pense pouvoir faire la différence avec mon sens de l’écoute et ma volonté à toujours trouver les meilleurs leviers pour transmettre le savoir. 

Concernant l’évolution du métier, je pense que l’utilisation de l’IA devient incontournable. Tout comme avec l’avènement de l’informatique et de la robotique, je suis convaincu que nous aurons toujours besoin de l’humain, mais que l’IA deviendra un outil incontournable dans la plupart des métiers de demain.

 

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui souhaitent suivre une carrière similaire à la vôtre, notamment en devenant formateur en IT ou gestionnaire de projet ?

 

Le premier conseil que je donnerais est : croyez en vous ! Vous êtes le mieux placé pour savoir ce que vous voulez, mais ne négligez pas les personnes désireuses de vous aider.

Le deuxième, c’est : écoutez plus et parlez moins. Si vous savez ce que veulent vos interlocuteurs, vous serez à même de comprendre leurs attentes, et leurs craintes.

Le troisième, c’est : soyez votre propre leader. Plus vous avez de respect pour vous, plus les autres vous témoigneront de la sympathie et seront tentés de vous suivre.

Le quatrième, peut être le plus important : soyez transparent et honnête. Ce ne sera pas toujours compris, mais à la longue, vous gagnerez confiance et respect de tous.

Enfin, le cinquième : soyez gentil et patient. Certaines personnes prendront cela pour de la faiblesse, or il faut bel et bien force et courage pour maîtriser ses émotions en toutes circonstances. Avec le temps, vous serez perçu tel que vous êtes, comme une personne forte, empathique, résiliente, et fiable.

Aussi, ayez le courage de faire des erreurs, sortez de votre zone de confort, soyez créatifs. Cela finira par vous donner une expérience hors du commun qui, à défaut de vous donner une carrière exceptionnelle, fera au moins de vous une bonne personne, reconnue comme telle, et cela vaut tout l’or du monde.

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