Gabrielle Piot
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Agir durablement en entreprise : enjeux et transition écologique

Interview de Gabrielle Piot

1.Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous anime aujourd’hui dans votre métier ?

Je m’appelle Gabrielle Piot et j’ai 26 ans. Mon parcours a débuté à l’ESTP,  une école d’ingénieur généraliste spécialisée dans la construction et le bâtiment, où j’ai pris conscience des enjeux environnementaux en parallèle de mes études. Cette prise de conscience m’a conduite à orienter ma dernière année vers un double diplôme en master de recherche, portant sur l’économie circulaire, la comptabilité carbone, la gestion des déchets et de l’eau, ainsi que la justice climatique, avec un mémoire consacré à l’effet rebond. Pendant mes études et au début de ma vie professionnelle, j’ai beaucoup contribué au bénévolat, notamment pour acculturer le grand public et les étudiants à travers des ateliers, la rédaction d’articles et des mobilisations avec des associations engagées comme makesense et Ma Petite Planète. Ces expériences m’ont permis de développer une véritable connaissance du secteur et de ses acteurs. Aujourd’hui, je suis responsable partenariats et écosystème chez 2tonnes, où je mutualise les forces dans l’écosystème pour créer des projets communs et des initiatives de formation. Ce que j’apprécie particulièrement dans ce rôle, c’est le côté collectif : animer un réseau d’acteurs, favoriser le soutien mutuel et apprendre de la pluralité des points de vue enrichissent mes compétences et ma compréhension des enjeux environnementaux.

 

2. Comment l’économie circulaire peut-elle concrètement bénéficier aux entreprises et à la planète ?

L’économie circulaire est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Pour bien la comprendre, je commence souvent par rappeler le fonctionnement de l’économie linéaire dans laquelle nous évoluons encore majoritairement : on extrait des ressources, on fabrique des produits, on les consomme puis on les jette. L’économie circulaire propose au contraire de repenser chaque étape du cycle de vie d’un produit afin de réduire les besoins en matières, prolonger son usage et réutiliser au maximum les ressources existantes.

Pour les entreprises, c’est avant tout un enjeu de résilience. Toute organisation dépend de ressources, équipements, énergie, matières premières ou mobilité, et lorsque leur disponibilité ou leur coût fluctue, cela peut fragiliser un modèle économique entier. L’économie circulaire permet justement d’anticiper ces risques en réduisant la dépendance aux ressources, en favorisant la réparation, le réemploi ou la mutualisation. Elle rend aussi les enjeux environnementaux plus concrets : il est souvent plus facile de se représenter une tonne de matières ou de déchets qu’une tonne de CO₂, ce qui facilite la mobilisation des équipes et le passage à l’action.

Du point de vue de la planète, l’impact est majeur : pour beaucoup d’objets, notamment les vêtements ou le matériel informatique, près de 80 % de leur empreinte carbone provient de leur fabrication. Allonger la durée de vie des produits ou réutiliser la matière existante devient donc un levier environnemental extrêmement puissant. Mais l’économie circulaire est aussi un projet social et territorial : réparer, recycler ou relocaliser certaines activités crée des emplois locaux non délocalisables, soutient l’insertion professionnelle et redynamise les territoires. Finalement, c’est un changement de logique : produire moins, mais mieux, en concevant des biens pensés pour durer.


 

3. Quels leviers permettent aux entreprises de réduire efficacement leur empreinte carbone ?

Pour réduire efficacement leur empreinte carbone, les entreprises doivent commencer par la mesurer précisément. Cela passe par un Bilan Carbone® réalisé avec des cabinets ou experts formés à une méthode certifiée (Aktio, Sami, Carbo ou encore Toovalu)
Doivent être prises en compte, non seulement les émissions directes de l’entreprise, mais aussi celles dont elle dépend, comme ses fournisseurs ou la vie de ses produits. Cette approche permet d’aller au-delà de la responsabilité, en visant les vulnérabilités de l’entreprise et de cibler les actions là où elles auront le plus d’impact. Le bilan carbone est ensuite traduit en plan d’action, priorisant les leviers sur les postes d’émission les plus significatifs.

Mais avoir des chiffres et un plan ne suffit pas : il faut accompagner un vrai changement de culture et de pratiques, ce qui implique de former, sensibiliser et acculturer les équipes tout en gérant les contraintes techniques, financières et, souvent,la résistance au changement. Le suivi régulier des progrès est également essentiel : cela permet de vérifier l’efficacité des mesures, de célébrer les succès et de partager les résultats pour inspirer d’autres entreprises. Enfin, l’accompagnement par des experts sérieux est souvent déterminant, surtout pour les PME ou TPE qui n’ont pas toujours les ressources internes pour déployer ces initiatives de manière robuste et durable.



4. Comment concilier la nécessité de produire de manière plus durable avec la performance économique de l’entreprise ?

Cette question est particulièrement pertinente aujourd’hui, car nous savons qu’il est nécessaire de changer nos modes de production et de consommation, mais cela prend du temps, des compétences et des ressources financières. Transitionner ne signifie pas qu’une entreprise doit disparaître, mais elle doit repenser son modèle pour produire mieux, de manière plus durable. A l’échelle de la société, certaines activités vont croître, comme l’alimentation biologique, les mobilités douces ou le marché de la seconde main, tandis que d’autres, notamment liées aux énergies fossiles, devront se réduire drastiquement.

La première étape consiste à ce que l’entreprise et ses salariés prennent conscience de cette réalité. Il s’agit souvent d’un véritable choc que de réaliser que certaines activités historiques devront diminuer ou même disparaître. Ce processus demande un accompagnement, car il est difficile de conjuguer acceptation de la réalité et réflexion stratégique sur la réinvention de l’activité.

Mais ces changements peuvent devenir une opportunité de résilience et d’innovation. Des exemples historiques montrent que des entreprises ont su se réinventer face à des bouleversements : Kodak, confrontée à la révolution numérique, ou Les Conserveries la Belle-Iloise, qui doivent repenser leur activité au regard des enjeux de la pêche et de la biodiversité L’objectif est de repenser le business model, de diversifier l’activité et de réduire l’impact environnemental tout en maintenant la viabilité économique.

Cette transition implique aussi des reconversions professionnelles et des formations : les compétences existantes peuvent être orientées vers des métiers qui favorisent un mode de vie durable, des pratiques de consommation responsables et un impact social positif. Il s’agit de créer des emplois qui participent à la transformation écologique et sociale, tout en donnant du sens aux collaborateurs.

En résumé, aborder la transition de manière pragmatique consiste à accepter la réalité des limites planétaires, à repenser en profondeur les modèles économiques, à se réinventer collectivement et à accompagner les personnes dans ce changement pour que la transition soit à la fois efficace et socialement acceptable.


5. Quelles compétences ou formations sont aujourd’hui essentielles pour que les entreprises agissent durablement ?

Pour que les entreprises agissent durablement, il ne s’agit pas seulement de disposer de ressources financières ou de technologies, mais de développer des compétences et des pratiques adaptées à chaque organisation. La majorité des entreprises en France sont des petites ou moyennes structures qui doivent concilier contraintes économiques et impératifs environnementaux : la réalité n’est pas d’imposer, mais d’accompagner le changement.

Le point de départ est la posture : entrer en dialogue avec les entreprises pour comprendre leurs freins, les acculturer et les former. Montrer que le coût de l’inaction est aujourd’hui plus élevé que celui de l’action est souvent plus efficace qu’une injonction externe. Ce dialogue doit être étendu au sein des équipes : la mise en œuvre d’un plan d’action environnemental est une conduite du changement. Elle nécessite écoute, compromis et communication entre les différentes parties prenantes. Trop souvent, les entreprises fonctionnent en silos ; il est essentiel que les équipes échangent, co-construisent et expriment leurs besoins pour construire ensemble des solutions durables.

L’exemplarité de la direction joue également un rôle central : quand les personnes à des postes stratégiques montrent l’exemple, la mobilisation globale est beaucoup plus facile. La formation est enfin indispensable : elle permet de comprendre les enjeux, d’identifier les actions prioritaires et de développer des compétences transverses, tant techniques qu’humaines. Les programmes doivent couvrir à la fois les connaissances environnementales, les liens entre réduction de dépendance aux énergies fossiles et résilience économique, ainsi que les co-bénéfices en termes de santé, bien-être, souveraineté et compétitivité.

Au-delà de l’acquisition de connaissances, la formation doit aussi travailler la posture : esprit critique, ouverture, dialogue et capacité à se réunir pour discuter collectivement de solutions. Des ateliers et programmes comme ceux de 2Tonnes ou Convergences permettent ainsi aux entreprises de construire une trajectoire durable sans mettre en danger leur fonctionnement économique, tout en donnant du sens aux collaborateurs et en favorisant l’appropriation des changements.

 

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